Achat de nourriture : compte comptable

La comptabilisation des achats alimentaires représente un défi quotidien pour de nombreuses entreprises, qu’il s’agisse de restaurants, de commerces de détail ou de collectivités. Le Plan Comptable Général français propose une nomenclature précise pour enregistrer ces opérations, mais la diversité des situations rend parfois complexe le choix du bon compte. Entre les denrées destinées à la revente, celles transformées en cuisine, ou encore les fournitures consommables, chaque catégorie d’achat alimentaire répond à une logique comptable spécifique. La maîtrise de ces distinctions s’avère cruciale pour garantir une comptabilité conforme et optimiser la gestion fiscale de votre activité, notamment en matière de TVA déductible.

Nomenclature comptable des achats alimentaires selon le plan comptable général

Le Plan Comptable Général français structure l’enregistrement des achats de nourriture au sein de la classe 6, dédiée aux comptes de charges. Cette organisation permet de refléter fidèlement la nature économique de chaque transaction et de faciliter l’analyse des coûts d’exploitation. Selon votre secteur d’activité et la destination finale des produits alimentaires, vous utiliserez des comptes différents qui détermineront également le traitement fiscal applicable.

La distinction fondamentale repose sur la destination des denrées acquises : sont-elles destinées à être revendues en l’état, transformées dans un processus de production, ou consommées directement sans stockage préalable ? Cette interrogation guide le choix du compte comptable approprié et influence directement la valorisation des stocks en fin d’exercice.

Compte 607 : achats de marchandises alimentaires pour activité de négoce

Le compte 607 « Achats de marchandises » constitue le compte de référence pour toutes les entreprises commerciales qui achètent des produits alimentaires dans le but de les revendre sans transformation. Un supermarché, une épicerie fine ou un commerce de détail alimentaire utiliseront systématiquement ce compte pour enregistrer leurs approvisionnements. Les denrées conservent leur état initial et sont simplement mises à disposition de la clientèle.

L’écriture comptable type pour une facture d’achat de marchandises alimentaires se présente ainsi : vous débitez le compte 607 du montant hors taxes, débitez le compte 44566 « TVA déductible sur autres biens et services » pour le montant de la taxe récupérable, et créditez le compte 401 « Fournisseurs » du montant toutes taxes comprises. Cette ventilation permet de suivre précisément vos coûts d’acquisition et de calculer votre marge commerciale.

Les frais accessoires liés à ces achats, tels que les frais de transport ou les droits de douane pour les produits importés, peuvent être intégrés directement dans le compte 607 ou isolés dans le compte 6087 « Frais accessoires sur achats de marchandises ». Cette seconde option offre une meilleure visibilité analytique sur la structure réelle de vos coûts d’approvisionnement, particulièrement utile pour négocier avec vos fournisseurs ou optimiser vos circuits logistiques.

Compte 6026 : achats de matières premières alimentaires en restauration

Le compte 6011 « Achats stockés – Matières premières (et fournitures) » s’applique aux denrées alimentaires qui subiront une transformation avant d’être commercialisées. Un restaurant traditionnel, une brasserie ou une entreprise agroalimentaire enregistreront leurs achats d’ingrédients dans ce compte. La farine achetée par une boulangerie pour fabriquer du pain, les légumes frais acquis par un traiteur pour préparer

leurs plats, ou encore la viande achetée par un industriel pour fabriquer des plats cuisinés relèvent de cette logique de « matières premières ». Ces achats alimentaires sont généralement stockés, puis sortis progressivement au fur et à mesure de la production, ce qui impose un suivi rigoureux des stocks et des variations de stocks en fin d’exercice.

Dans la pratique, certaines entreprises optent pour un découpage plus fin en utilisant des sous-comptes du 6026 ou du 601 (par exemple 60261 « viande », 60262 « produits laitiers », 60263 « fruits et légumes ») afin d’analyser plus précisément leurs coûts de matières. Cette ventilation est particulièrement utile en restauration pour calculer le coût matière par famille de produits et piloter la rentabilité de la carte. En fin d’année, les stocks de denrées non consommées sont constatés au compte 31 « Stocks de matières premières » avec, en contrepartie, le compte 6031 « Variation de stocks de matières premières ».

Les frais accessoires liés aux matières premières alimentaires (transport frigorifique, assurance, droits de douane) peuvent, comme pour le compte 607, être intégrés directement au coût d’achat dans le compte 6026 ou isolés en compte 6081 « Frais accessoires sur achats de matières premières ». Le choix dépend de votre niveau de suivi analytique et de la précision souhaitée pour vos calculs de marge.

Compte 6066 : fournitures non stockables destinées à la consommation

Le compte 6066 « Fournitures non stockables (eau, énergie…) » peut, par extension, accueillir certaines dépenses alimentaires lorsqu’elles sont destinées à être consommées immédiatement et qu’aucun suivi de stock n’est mis en place. C’est le cas, par exemple, des achats de café, thé, biscuits ou boissons mis à disposition des salariés dans un espace de pause, ou encore de petits encas achetés pour une réunion ponctuelle. Ces dépenses relèvent davantage de la qualité de vie au travail que du cœur de votre activité commerciale.

Dans de nombreuses pratiques, on utilise aussi des sous-comptes du 6068 « Autres matières et fournitures » ou un compte 60623 « Alimentation » pour distinguer clairement les achats de nourriture non stockés. L’objectif reste le même : enregistrer des achats alimentaires qui ne feront pas l’objet d’un inventaire, car ils sont consommés au fil de l’eau. Vous évitez ainsi une gestion de stock disproportionnée par rapport aux montants en jeu, tout en conservant une vision fidèle de vos charges.

Attention toutefois au traitement social et fiscal de ces consommations : lorsque la fourniture de nourriture aux salariés dépasse un simple usage de confort (par exemple repas complets offerts quotidiennement), elle peut être qualifiée d’avantage en nature. Dans ce cas, les montants enregistrés, qu’ils soient en 6066, 6068 ou 60623, devront être valorisés et réintégrés dans les charges de personnel via le compte 6417 « Avantages en nature », avec impact sur les cotisations sociales.

Distinction entre charges d’exploitation et immobilisations alimentaires

La quasi-totalité des achats de nourriture sont comptabilisés en charges d’exploitation, car ils sont destinés à être consommés rapidement, par les clients ou par les salariés. Cependant, certains éléments liés à la chaîne alimentaire relèvent des immobilisations et non des charges. C’est notamment le cas des équipements nécessaires à la conservation, à la préparation ou à la distribution des denrées : chambres froides, vitrines réfrigérées, fours, robots de cuisine professionnels, machines à café de forte valeur, etc.

La frontière se situe généralement autour du seuil de 500 € HT par bien, au-delà duquel l’Autorité des normes comptables recommande une inscription en immobilisations (classe 2, par exemple 2155 « Installations techniques » ou 2183 « Matériel de bureau et matériel informatique » pour une machine à café). En dessous de ce seuil, l’entreprise peut, par tolérance, passer l’achat directement en charge (souvent en 6063 ou 6064) afin de simplifier sa comptabilité. Cette distinction impacte le résultat : une immobilisation sera amortie sur plusieurs années, alors qu’une charge alimentaire viendra diminuer immédiatement le bénéfice de l’exercice.

Il est donc essentiel de ne pas confondre les achats de denrées (toujours en charges, classes 60/61) et les investissements structurels liés à l’activité alimentaire (classe 2). Un mauvais classement peut fausser à la fois la lecture de vos comptes et votre base imposable. En cas de doute, demandez-vous si le bien est consommé ou transformé rapidement (charge) ou s’il contribue durablement à la production et à la vente de nourriture (immobilisation).

Classification TVA et régimes fiscaux applicables aux denrées alimentaires

La comptabilisation des achats de nourriture ne se limite pas au choix du compte de charge. Elle implique aussi une bonne maîtrise des taux de TVA applicables, qui varient selon la nature du produit, son mode de consommation (sur place, à emporter, différée) et le secteur d’activité. Une erreur de taux de TVA peut rapidement entraîner des redressements coûteux, surtout dans les secteurs à forte volumétrie comme la restauration ou la grande distribution.

En France, trois grands taux de TVA concernent les produits alimentaires : le taux réduit de 5,5 %, le taux intermédiaire de 10 % et le taux normal de 20 %. La difficulté réside dans le fait qu’une même facture d’achat peut combiner plusieurs taux, par exemple pour un restaurateur qui achète à la fois des denrées de base, des boissons alcoolisées et des produits d’épicerie destinés à la revente. D’où l’importance de paramétrer correctement votre logiciel comptable et votre logiciel de caisse.

Taux de TVA réduit à 5,5% sur les produits alimentaires non transformés

Le taux de TVA réduit à 5,5 % s’applique en principe aux denrées alimentaires de première nécessité destinées à être consommées en l’état ou après une simple préparation domestique. Il concerne la majorité des produits vendus en grandes surfaces ou achetés par les restaurateurs : fruits et légumes frais, viande, poisson, produits laitiers, pain, pâtes, riz, conserves, surgelés non cuisinés… Ce taux réduit vise à limiter le coût de l’alimentation pour le consommateur final.

Pour vous, entreprise, cela signifie que la TVA déductible enregistrée au compte 44566 sur ces achats sera calculée à 5,5 %, à condition que ces produits soient affectés à une activité taxée. Si vous exercez une activité mixte (par exemple, une association gérant à la fois une cantine non assujettie et un point de vente assujetti), il faudra appliquer un coefficient de déduction adapté. L’utilisation correcte du taux de 5,5 % sur les achats de nourriture est donc un enjeu à la fois fiscal et organisationnel.

En pratique, il est recommandé de distinguer dans votre plan de comptes les achats soumis à 5,5 % de TVA des autres, par des sous-comptes dédiés (par exemple 6026A pour les denrées à 5,5 %). Ainsi, le rapprochement avec vos déclarations de TVA (CA3 ou CA12) est facilité, et vous limitez le risque d’erreur lors des contrôles fiscaux.

Taux de TVA à 10% pour la restauration et les aliments préparés

Le taux intermédiaire de 10 % s’applique principalement aux prestations de restauration et aux produits alimentaires préparés destinés à une consommation immédiate. Concrètement, cela concerne les repas servis sur place dans un restaurant, les plats à emporter consommables rapidement (sandwichs, salades prêtes à consommer, pizzas cuites…), ou encore les petits-déjeuners servis dans les hôtels. Les boissons non alcoolisées servies dans ce cadre relèvent également de ce taux.

Pour un restaurateur, la plupart des ventes seront donc soumises à 10 % de TVA, tandis que certaines composantes de l’addition resteront à 20 % (alcool) ou à 5,5 % (certains produits à consommation différée). Côté achats, la TVA supportée à 10 % peut concerner des prestations de sous-traitance culinaire, des plats préparés achetés pour revente ou certains services liés à l’activité de restauration. Il est indispensable que votre logiciel de facturation distingue clairement ces régimes, sous peine de déséquilibrer vos calculs de marge et vos déclarations fiscales.

Une difficulté fréquente concerne la vente à emporter : selon que le produit est destiné à être consommé immédiatement ou différée, le taux applicable peut basculer entre 10 % et 5,5 %. Une pizza vendue chaude pour consommation immédiate sera à 10 %, alors que la même pizza vendue surgelée ou sous vide pour être réchauffée plus tard relèvera du taux de 5,5 %. Poser systématiquement la question de la destination au moment de la vente permet de sécuriser votre comptabilité de nourriture.

Déductibilité de la TVA sur achats selon le coefficient de taxation

La TVA sur les achats de nourriture n’est pas automatiquement déductible à 100 %. Elle dépend de votre situation au regard de la TVA (assujetti total, partiel, franchise en base) et de l’affectation des biens ou services achetés. Le mécanisme clé à comprendre est celui du coefficient de taxation, qui combine trois éléments : le coefficient d’assujettissement, le coefficient de taxation et le coefficient d’admission. Ce système, détaillé dans le BOFiP, permet de déterminer la part de TVA réellement récupérable.

Par exemple, une association exploitant à la fois une cantine gratuite pour ses bénéficiaires (activité non assujettie) et une cafétéria payante (activité assujettie) devra ventiler la TVA sur ses achats alimentaires selon la part réellement utilisée pour l’activité taxable. De même, une entreprise en régime de franchise en base ne déduira pas la TVA sur ses achats de nourriture, même si la facture mentionne un taux de 5,5 %, 10 % ou 20 %. D’où l’intérêt de bien identifier, dès la commande, la destination de chaque achat alimentaire.

En pratique, vous pouvez mettre en place une comptabilité analytique par activité (taxable / non taxable) et appliquer des clés de répartition (par exemple au prorata du chiffre d’affaires ou du nombre de repas servis) pour calculer un coefficient de déduction. Cette démarche, certes plus technique, sécurise la déductibilité de la TVA et vous évite des redressements ultérieurs. Là encore, le bon paramétrage des comptes de charges alimentaires et de vos journaux d’achats est déterminant.

Particularités fiscales des achats intracommunautaires de nourriture

Les entreprises qui importent des denrées alimentaires depuis un autre État membre de l’Union européenne sont confrontées au régime spécifique des acquisitions intracommunautaires. Dans ce cas, le fournisseur facture en hors taxes (sous réserve de disposer d’un numéro de TVA intracommunautaire valide), et c’est l’acheteur français qui doit auto-liquider la TVA en France. Concrètement, vous enregistrez à la fois une TVA collectée et une TVA déductible sur la même base, via le mécanisme d’autoliquidation.

Sur le plan comptable, l’achat de nourriture intracommunautaire est enregistré en compte 607, 6026 ou 606 selon la nature des denrées, avec, en contrepartie, le compte 401 « Fournisseurs ». La TVA n’apparaît pas sur la facture, mais vous devez constater une TVA collectée au compte 4452 et une TVA déductible au compte 44566, pour un montant identique (sauf cas particuliers de coefficients de déduction partiels). Cette écriture neutre sur le plan financier permet à l’administration fiscale de suivre les flux intracommunautaires.

Il ne faut pas oublier non plus les aspects déclaratifs : les acquisitions de nourriture intracommunautaires doivent être mentionnées dans votre déclaration de TVA (case dédiée aux acquisitions intracommunautaires) et, le cas échéant, dans votre état récapitulatif des clients/fournisseurs. Un suivi précis des comptes d’achats alimentaires concernés (par exemple via des sous-comptes « UE ») facilite ces formalités et limite les risques d’omission.

Comptabilisation des achats de nourriture selon le type d’entreprise

Si les principes comptables de base sont communs, la façon de comptabiliser les achats de nourriture varie sensiblement selon votre secteur d’activité. Un supermarché, un restaurant gastronomique, une cantine d’entreprise ou une usine agroalimentaire ne traiteront pas de la même manière les mêmes denrées. La clé réside dans la destination des produits et dans le modèle économique propre à chaque structure.

Adopter une comptabilisation adaptée à votre type d’entreprise permet non seulement de respecter le Plan Comptable Général, mais aussi d’obtenir des indicateurs pertinents pour piloter votre activité : coût matière, marge brute, taux de perte, rentabilité par gamme de produits, etc. Voyons maintenant comment les principaux secteurs enregistrent concrètement leurs achats alimentaires.

Enregistrement comptable dans les commerces de détail alimentaire et supermarchés

Dans les commerces de détail alimentaire, supermarchés et hypermarchés, la quasi-totalité des achats de nourriture est destinée à la revente en l’état. Les denrées sont achetées, stockées puis revendues sans transformation significative, ce qui justifie l’utilisation privilégiée du compte 607 « Achats de marchandises ». Ce compte permet de calculer facilement la marge commerciale en comparant le montant des ventes (classe 7) au coût d’achat des marchandises vendues.

Pour une facture d’achat de denrées alimentaires, l’écriture type consiste à débiter le compte 607 du montant HT, débiter le compte 44566 pour la TVA déductible, et créditer le compte 401 pour le montant TTC. En fin d’exercice, la variation de stock des marchandises alimentaires est enregistrée via le compte 6037 « Variation des stocks de marchandises » et le compte 37 « Stocks de marchandises », afin de déterminer le coût d’achat des marchandises vendues sur la période.

Les enseignes de distribution mettent souvent en place une segmentation fine des sous-comptes de 607 (épicerie sèche, frais, surgelés, liquides, animaux, etc.) pour analyser la performance par rayon. Les pertes, casses et démarques inconnues sont également suivies de près et peuvent faire l’objet d’écritures spécifiques (dotations aux provisions ou charges exceptionnelles), car elles impactent directement la rentabilité des achats de nourriture.

Traitement des achats alimentaires dans les établissements de restauration commerciale

Dans la restauration commerciale (restaurants traditionnels, brasseries, fast-foods, food trucks), les achats de nourriture sont majoritairement des matières premières destinées à être transformées en cuisine. Ils sont donc enregistrés en compte 6026 ou 6011 « Achats stockés – Matières premières ». Les boissons achetées pour être revendues peuvent, quant à elles, être comptabilisées en 607 si elles ne subissent aucune transformation (par exemple les bouteilles de vin revendues à la carte).

Le suivi des achats de nourriture en restauration s’articule autour du coût matière, indicateur clé de la santé financière de l’établissement. Pour le calculer, il est indispensable de tenir un inventaire régulier des stocks (au moins une fois par an, idéalement mensuel), puis d’enregistrer les variations dans les comptes 6031 et 31. Vous obtenez ainsi le coût d’achat des denrées consommées, que vous pouvez comparer au chiffre d’affaires pour calculer votre taux de marge brute.

Les restaurateurs doivent également gérer les repas du personnel, souvent inclus dans l’organisation de service. Les denrées utilisées pour ces repas restent en 6026, mais l’avantage en nature accordé aux salariés est comptabilisé en 6417 et 426, puis déclaré en paie. Là encore, une ventilation correcte des achats de nourriture selon leur destination (clients / personnel) est essentielle pour éviter les requalifications sociales et fiscales.

Spécificités des cantines d’entreprise et restaurants collectifs

Les cantines d’entreprise, restaurants scolaires, hôpitaux ou EHPAD relèvent de la restauration collective, souvent organisée dans un cadre public ou associatif. Le traitement comptable des achats de nourriture dépend alors du statut juridique (collectivité, association, société de restauration collective) et du mode de financement (subventions, participation des convives, facturation interne). La logique économique reste toutefois la même : les denrées sont des matières premières transformées, généralement comptabilisées en 6026 ou 6011.

Une particularité forte tient au contrôle budgétaire : ces structures travaillent souvent avec un coût alimentaire fixe par repas (par exemple 2,50 € de denrées par convive), ce qui impose un suivi fin des achats de nourriture par nombre de repas servis. La comptabilité analytique par site ou par type de public (élèves, salariés, patients) est alors un outil précieux pour mesurer les écarts et ajuster les menus ou les fournisseurs.

Du point de vue fiscal, certains restaurants collectifs ne sont pas ou peu assujettis à la TVA, notamment lorsqu’ils opèrent dans un cadre non lucratif. Dans ce cas, la TVA sur les achats alimentaires peut être en tout ou partie non déductible, conformément aux règles vues plus haut sur les coefficients de taxation. Il est donc crucial de bien distinguer, dans votre comptabilité de nourriture, les activités économiques taxables et les activités à but social non assujetties.

Comptabilisation des achats de nourriture dans le secteur de la transformation agroalimentaire

Les entreprises de transformation agroalimentaire (industries laitières, conserveries, fabricants de plats cuisinés, boulangeries industrielles, etc.) se situent en amont de la chaîne alimentaire. Pour elles, les produits achetés sont des matières premières ou des fournitures incorporables au processus de production : lait, céréales, viande, fruits, additifs, emballages spécifiques. Ces achats sont comptabilisés principalement en 601 « Achats stockés – Matières premières » et 602 « Autres approvisionnements ».

La complexité vient de la diversité des matières et des niveaux de transformation. Une usine de biscuits, par exemple, achètera à la fois de la farine (matière première), du sucre, du chocolat, mais aussi des emballages, des films plastiques, des cartons. Les matières premières alimentaires iront en 601, tandis que les emballages seront enregistrés en 6026 ou 6022 selon leur nature. En fin d’exercice, les stocks de matières premières, d’en-cours de production et de produits finis devront être évalués et comptabilisés, souvent à l’aide de méthodes de calcul de coût de revient sophistiquées.

Dans ce secteur, la comptabilité des achats de nourriture est étroitement liée à la gestion industrielle : nomenclatures, fiches techniques, ordres de fabrication, calcul des rendements et des pertes. Une bonne articulation entre l’ERP de production et la comptabilité générale permet de sécuriser à la fois la valorisation des stocks et la détermination du résultat. Là encore, une mauvaise évaluation du coût des matières premières peut fausser la rentabilité apparente d’une gamme entière de produits.

Gestion des stocks alimentaires et méthodes d’inventaire FIFO-LIFO

La gestion des stocks alimentaires est un enjeu central pour toutes les entreprises manipulant de la nourriture. À la différence d’autres marchandises, les denrées sont périssables : elles ont une date limite de consommation (DLC) ou une date de durabilité minimale (DDM). Une mauvaise rotation des stocks entraîne non seulement des pertes financières, mais peut aussi générer des risques sanitaires. C’est pourquoi la méthode de valorisation retenue (FIFO, LIFO, PMP) doit être cohérente avec la réalité physique des flux.

En France, la méthode la plus couramment utilisée pour les denrées alimentaires est le FIFO (First In, First Out – premier entré, premier sorti), qui reflète la logique sanitaire de rotation des stocks : on consomme en priorité les produits les plus anciens. Comptablement, cela signifie que les sorties de stock sont valorisées au coût d’acquisition des lots les plus anciens encore en stock. La méthode LIFO (Last In, First Out) est, elle, rarement utilisée en pratique pour la nourriture, car elle ne correspond pas aux exigences de traçabilité et de sécurité alimentaire.

Lors de l’inventaire de fin d’exercice, vous devez établir un listing exhaustif de vos stocks alimentaires (matières premières, marchandises, produits finis), en indiquant pour chacun la quantité et le prix unitaire retenu selon la méthode choisie. L’écriture comptable consiste ensuite à débiter le compte de stock (31 ou 37) et à créditer le compte de variation de stock correspondant (6031 ou 6037). L’impact sur le résultat est significatif : une hausse de stock diminue vos charges d’achats, tandis qu’une baisse de stock les augmente.

Écritures comptables spécifiques aux achats de denrées périssables

Les denrées périssables soulèvent des problématiques particulières : pertes liées à la péremption, casse, erreurs de stockage, retours fournisseurs pour non-conformité. Comment intégrer ces aléas dans votre comptabilité de nourriture pour refléter fidèlement la réalité économique ? La réponse passe par un suivi rigoureux des écarts entre les quantités théoriques (issues de vos achats et sorties de stock) et les quantités physiques constatées lors des inventaires ou des contrôles intermédiaires.

Lorsque des denrées périmées sont détruites et ne peuvent plus être vendues ni transformées, la perte est généralement constatée en charge, soit en ajustant à la baisse le stock lors de l’inventaire, soit en enregistrant une écriture spécifique en cours d’exercice. On peut, par exemple, débiter un compte de charges exceptionnelles ou un sous-compte d’achats dédié aux pertes (type 6078 ou 60268) et créditer le compte de stock concerné. Cette comptabilisation permet de distinguer les pertes « normales » liées à l’activité des achats de nourriture destinés à la vente.

En restauration, il est fréquent de distinguer les pertes techniques (inhérentes au process, comme la parure des viandes ou l’évaporation en cuisson) des pertes anormales (produits oubliés en chambre froide, erreurs de commande, surproduction non vendue). Les premières peuvent être intégrées dans le coût de revient sans alerte particulière, tandis que les secondes doivent faire l’objet d’une analyse de gestion. Une comptabilité analytique par poste ou par service cuisine vous aidera à identifier les sources de gaspillage et à corriger vos procédures.

Traitement des avoirs, retours et rabais sur achats alimentaires

Enfin, la gestion des avoirs, retours et rabais sur achats alimentaires fait partie du quotidien des entreprises, qu’il s’agisse de litiges qualité, de ruptures de chaîne du froid ou de négociations commerciales. Sur le plan comptable, ces opérations viennent diminuer le coût d’acquisition de vos denrées et doivent être imputées dans les mêmes comptes que les achats initiaux, afin de ne pas fausser vos analyses de marge.

Lorsqu’un fournisseur émet un avoir suite à un retour de marchandises alimentaires, vous créditez le compte d’achats concerné (607, 6026…) et le compte 44566 (pour la TVA initialement déduite), et vous débitez le compte 401 « Fournisseurs ». De même, les rabais, remises et ristournes obtenus sur achats peuvent être enregistrés soit en diminution directe du compte d’achats, soit dans le compte 609 « Rabais, remises et ristournes obtenus sur achats », selon le niveau de détail souhaité. L’essentiel est de rester cohérent d’un exercice à l’autre.

Sur le plan fiscal, ces avoirs et remises impactent la TVA déductible : le montant initialement déduit doit être ajusté à la baisse. Une erreur fréquente consiste à comptabiliser correctement l’avoir en comptabilité générale, mais à oublier de le prendre en compte dans la déclaration de TVA, ce qui peut générer un trop-perçu au détriment de l’État. En mettant en place une procédure systématique de rapprochement entre vos journaux d’achats, vos comptes 401 et vos déclarations de TVA, vous sécurisez le traitement de ces ajustements et fiabilisez votre comptabilité d’achats alimentaires.

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