IFRS 16 : exemple de comptabilisation

IFRS 16 a profondément modifié la façon dont vous présentez vos contrats de location dans les états financiers. Des engagements auparavant hors bilan se transforment en dettes financières et en actifs de droit d’utilisation, avec des impacts immédiats sur l’EBITDA, le gearing et la perception de votre risque par les analystes. Pour un directeur financier, un consolideur ou un expert-comptable, maîtriser la comptabilisation IFRS 16 ne se résume plus à connaître la théorie : il s’agit de paramétrer correctement chaque bail, de modéliser les flux et d’anticiper les renégociations. Comprendre, sur un exemple concret, comment se calcule la dette de location, comment s’amortit le droit d’utilisation et comment se retraitent les modifications contractuelles devient un véritable levier de pilotage.

Rappel synthétique d’IFRS 16 : champ d’application, définitions et différences majeures avec IAS 17

IFRS 16 est applicable depuis le 1er janvier 2019 à toutes les entités qui préparent leurs comptes selon les normes internationales, en particulier les groupes cotés et leurs filiales. La norme remplace IAS 17 en introduisant un modèle unique pour les preneurs : la distinction entre location simple et location-financement disparaît dans les comptes du locataire. En pratique, dès lors qu’un contrat confère le droit de contrôler l’utilisation d’un actif identifié sur une période déterminée, moyennant une contrepartie, le preneur doit comptabiliser un actif de droit d’utilisation et une dette de location, sauf exemptions spécifiques.

Deux exemptions clés sont prévues pour alléger la comptabilisation des petits tickets et des baux très courts :

  • contrats de location d’une durée maximale de 12 mois, sans option d’achat significative ;
  • biens sous-jacents de faible valeur, généralement inférieure à 5 000 USD en valeur neuve (petit matériel IT, mobilier standard, etc.).

Par rapport à IAS 17, le changement majeur concerne la visibilité des engagements : des estimations récentes montrent que, pour certains secteurs intensifs en baux (aérien, retail, logistique), le bilan IFRS 16 a augmenté de 20 à 40 % en total d’actif. Les charges de loyers sont remplacées par une combinaison d’amortissement et de charges d’intérêts, ce qui augmente mécaniquement l’EBITDA de nombreux groupes sans modifier leurs flux de trésorerie réels.

Paramétrage du contrat de location selon IFRS 16 : identification du contrat, du bien sous-jacent et du locataire

Identification d’un contrat de location selon IFRS 16 §9–11 : contrôle d’un actif identifié

La première étape consiste à déterminer si vous avez bien un contrat de location au sens d’IFRS 16. Selon les §9–11, un contrat contient une location si :

  • il porte sur un actif identifié (un bien déterminé ou une capacité spécifiée) ;
  • vous obtenez le droit de contrôler l’utilisation de cet actif sur une période donnée.

Contrôler l’utilisation signifie à la fois avoir le pouvoir de diriger l’usage de l’actif (décider comment, quand et à quelles fins il est utilisé) et en obtenir la quasi-totalité des avantages économiques. Par exemple, si vous louez un étage entier d’un immeuble pour votre propre activité, avec un accès exclusif, il y a très probablement une location IFRS 16. À l’inverse, si le fournisseur peut substituer librement l’actif utilisé (serveurs mutualisés, flotte générique) sans que vous puissiez vous y opposer, la condition d’actif identifié peut ne pas être remplie.

Distinction contrat de location vs contrat de services : exemples pratiques (copieurs, véhicules, data centers)

La frontière entre location et prestation de services est parfois délicate à tracer, mais elle est déterminante pour la comptabilisation. Un contrat de location de copieurs incluant la maintenance et le toner peut, par exemple, contenir :

  • une composante location (droit d’usage du copieur identifié) ;
  • une composante service (maintenance, consommables, hotline).

Les paiements doivent alors être ventilés entre composante IFRS 16 et composante IFRS 15. Pour des véhicules de flotte, si vous choisissez les modèles, les plaques et que vous avez l’usage exclusif de chaque véhicule, la composante location sera prédominante. En revanche, un contrat d’accès à une capacité de data center ou à un cloud mutualisé, facturé en fonction de la consommation, s’apparente souvent davantage à un contrat de services, car vous n’obtenez pas le contrôle d’un actif identifié, mais d’une performance de service continue.

Analyse du bien sous-jacent : actifs immobiliers, véhicules, équipements industriels, IT

L’IFRS 16 couvre une large variété de biens sous-jacents : immeubles de bureaux, entrepôts logistiques, avions, véhicules de société, lignes de production, serveurs dédiés, etc. Pour chaque catégorie, vous devez apprécier :

Pour les actifs immobiliers (bureaux, magasins, plateformes logistiques), la durée d’engagement, les clauses de résiliation et les travaux d’aménagement réalisés par le preneur influencent fortement la durée de location retenue. L’Autorité des normes comptables (ANC) rappelle ainsi que la durée raisonnablement certaine d’un bail commercial 3-6-9 est souvent de 9 ans, surtout en présence d’investissements significatifs.

Pour les véhicules et équipements industriels, la durée de location est parfois alignée sur la durée de vie économique, ce qui rapproche le contrat d’un financement classique. Dans le domaine IT, l’enjeu porte sur l’identification des contrats de type Software as a Service (souvent hors IFRS 16) versus les locations de matériels ou de licences dédiées, qui peuvent relever pleinement de la norme.

Détermination de la durée de location et des options (prorogation, résiliation, achat) IFRS 16 §18–21

La durée de location est définie comme la période non résiliable pendant laquelle vous avez le droit d’utiliser l’actif, à laquelle s’ajoutent :

  1. les périodes couvertes par une option de prorogation que vous êtes raisonnablement certain d’exercer ;
  2. les périodes suivant une option de résiliation que vous êtes raisonnablement certain de ne pas exercer.

Le jugement professionnel est crucial : la norme exige d’intégrer dans la durée de location les options qui sont, en substance, quasi certaines au regard de votre stratégie, de la localisation du bien, des investissements réalisés ou des conditions de marché. Un bail de bureaux avec des travaux lourds de réaménagement et un loyer inférieur aux prix du marché génère, en pratique, une très forte incitation économique à rester au-delà de la première échéance de résiliation.

Évaluation des paiements de loyers inclus dans la dette de location : loyers fixes, variables, indexation, pénalités

La dette de location est calculée sur la base de la valeur actualisée des paiements de loyers futurs. Sont inclus :

  • les loyers fixes (y compris les loyers “fixes en substance”) ;
  • la partie des loyers variables qui dépend d’un indice ou d’un taux (IPC, Euribor, etc.), évaluée à la date de commencement ;
  • les montants attendus au titre de garanties de valeur résiduelle, options d’achat raisonnablement certaines et pénalités de résiliation si celles-ci sont intégrées à la durée de location.

En revanche, les loyers variables strictement indexés sur la performance (chiffre d’affaires d’un magasin, par exemple) ne sont pas intégrés dans la dette initiale : ils sont comptabilisés en charges au fur et à mesure. Dans la pratique, beaucoup de contrats combinent loyer minimum garanti et loyer variable sur performance ; une ventilation rigoureuse est alors indispensable pour refléter correctement la dette locative.

Calcul de la dette de location et de l’actif de droit d’utilisation : exemple chiffré complet

Choix du taux d’actualisation : taux implicite du contrat vs taux d’emprunt marginal IFRS 16 §26

Le taux d’actualisation est un paramètre clé du calcul IFRS 16 : un écart d’un ou deux points peut modifier sensiblement la dette de location et la charge financière future. La norme prévoit d’utiliser en priorité le taux implicite du contrat de location, c’est-à-dire le taux qui actualise exactement la valeur des paiements de loyer et de la valeur résiduelle non garantie à la juste valeur de l’actif loué. Dans la pratique, ce taux est rarement observable côté preneur, faute d’informations détaillées sur le coût de financement du bailleur et la valeur finale attendue de l’actif.

En conséquence, la plupart des groupes retiennent le taux d’emprunt marginal du preneur, c’est-à-dire le taux auquel l’entité pourrait se financer pour une durée et un profil de risque similaires, dans une devise donnée. Ce taux peut varier par pays, par maturité et par catégorie d’actif. De nombreux groupes ont d’ailleurs mis en place des matrices de taux internes, mises à jour au moins annuellement, pour garantir la cohérence des tests d’actualisation entre entités et catégories de contrats.

Valorisation initiale de la dette de location : cas pratique avec loyers constants indexés sur l’IPC

Considérons un contrat de location d’un équipement pour 4 ans, avec des loyers annuels de 10 000 €, payables en fin de période, indexés sur l’Indice des Prix à la Consommation (IPC). À la date de commencement (01/04/N), l’IPC de référence est 100, et l’indexation future n’est pas anticipée dans la dette initiale ; les loyers pris en compte sont donc de 10 000 € chacun. Le coût marginal de la dette est de 5 %.

La dette de location initiale correspond à la somme actualisée des 4 loyers :

Dette de location initiale = 10 000 / (1,05) + 10 000 / (1,05)2 + 10 000 / (1,05)3 + 10 000 / (1,05)4 ≈ 35 460 €

Cette valeur de 35 460 € représente à la fois le passif locatif et, hors coûts additionnels, la base de calcul du droit d’utilisation. Les effets ultérieurs de l’indexation IPC (par exemple une hausse de 5 % des loyers en N+2) donneront lieu à une réévaluation de la dette et du droit d’usage, sans rétroactivité sur les périodes closes.

Évaluation initiale de l’actif de droit d’utilisation (Right-of-Use asset) : loyers, coûts directs initiaux, remises

L’actif de droit d’utilisation est évalué à la date de début du contrat en agrégeant plusieurs éléments :

  1. le montant initial de la dette de location ;
  2. les loyers payés d’avance au bailleur ;
  3. les coûts directs initiaux (honoraires, frais juridiques, commissions) ;
  4. une estimation des coûts de démantèlement, de remise en état ou de restauration du site.

Les incitations à la location (franchises, remises initiales, pas-de-porte perçu par le bailleur) viennent en déduction de ce coût. Concrètement, si pour le contrat précédent vous avez réglé 3 000 € de frais d’agencement spécifiques et reçu une franchise de loyer équivalente à 2 000 €, le droit d’utilisation initial sera de 35 460 + 3 000 – 2 000 = 36 460 €. Ce montant sera amorti sur la durée de location déterminée, le plus souvent de manière linéaire.

Illustration chiffrée : location d’un immeuble de bureaux sur 5 ans (cas d’étude type “SIIC”)

Imaginons une foncière cotée (type SIIC) qui loue un immeuble de bureaux à une filiale opérationnelle pour 5 ans, loyers annuels de 100 000 €, payables en fin d’année, sans option d’achat, avec un taux d’emprunt marginal de 4 %. Les coûts directs initiaux pour la filiale (honoraires, diagnostics, adaptation mineure) s’élèvent à 10 000 €.

La dette de location initiale est la valeur actualisée des 5 loyers :

Dette ≈ 100 000 × (1/1,04 + 1/1,042 + 1/1,043 + 1/1,044 + 1/1,045) ≈ 100 000 × 4,452 ≈ 445 200 €.

Le droit d’utilisation initial = 445 200 + 10 000 = 455 200 €. Ce cas illustre bien l’augmentation de la taille du bilan : un seul bail de bureaux représente près d’un demi-million d’euros d’actifs et de dettes, avec des impacts mécaniques sur les ratios de solvabilité et de levier financier.

Journalisation initiale dans les états financiers consolidés IFRS : écritures comptables détaillées

Pour le contrat d’immeuble sur 5 ans, les principales écritures de début de contrat dans les comptes consolidés IFRS du preneur sont les suivantes :

Compte Libellé Débit Crédit
Actif non courant Actif de droit d’utilisation – immeuble 455 200
Passif non courant Dette de location – part long terme 400 000
Passif courant Dette de location – part court terme 45 200

La ventilation entre part à court terme et à long terme dépend du calendrier des paiements futurs et du plan d’amortissement de la dette. Les coûts directs initiaux peuvent être directement inclus dans le droit d’usage ou comptabilisés sur un compte séparé puis reclassés à l’ouverture. Pour un lecteur externe, cette écriture initiale explique pourquoi les engagements de location hors bilan d’IAS 17 se transforment en dette financière visible sous IFRS 16.

Plan d’amortissement, intérêts et réconciliation IFRS 16 : exemple de tableau d’actualisation

Construction du tableau d’amortissement de la dette de location (méthode du taux d’intérêt effectif)

Une fois la dette initiale calculée, la norme impose la méthode du taux d’intérêt effectif pour déterminer, à chaque échéance, la part d’intérêts et la part de remboursement du principal. Sur l’exemple de la société ABC avec une dette initiale de 35 460 € sur 4 ans, taux 5 %, annuité 10 000 €, le tableau d’amortissement se présente comme suit pour la première échéance :

Période Capital initial Intérêts (5 %) Annuité payée Capital remboursé Capital restant dû
N → N+1 35 460 1 773 10 000 8 227 33 687

Ce tableau est ensuite poursuivi jusqu’au terme du contrat. Il permet de déterminer, période par période, le reclassement entre part court terme et long terme de la dette, ainsi que la charge d’intérêts à enregistrer en résultat. De nombreux logiciels de consolidation intègrent désormais un module dédié IFRS 16, mais comprendre la logique de ce plan reste indispensable pour contrôler les calculs et interpréter les écarts.

Calcul et comptabilisation de la charge d’intérêts en résultat (compte de résultat IFRS)

La charge d’intérêts IFRS 16 est comptabilisée dans le résultat financier, au même titre que les autres coûts d’emprunt. Pour la première année complète du contrat ABC, l’intérêt total s’élève à 1 773 €. À la clôture intermédiaire (par exemple au 31/12/N, soit 9 mois après le début du bail au 01/04/N), les intérêts courus seront de :

Intérêts courus = 1 773 × 9/12 ≈ 1 330 €

Cette somme est constatée par le débit d’un compte de charges financières et le crédit d’un compte de dettes de location – intérêts courus. En N+1, à la date de paiement, l’échéance de 10 000 € sera ventilée entre remboursement de principal (8 227 €) et paiement d’intérêts (1 773 €), en extournant la partie des intérêts déjà constatés en N. Pour un analyste, cette séparation entre coûts d’emprunt et amortissement permet de mieux comparer une structure très locataire à une structure très propriétaire.

Amortissement de l’actif de droit d’utilisation : méthode linéaire, durée de contrat vs durée de vie utile

L’actif de droit d’utilisation est amorti sur la durée de la location ou sur la durée de vie utile de l’actif sous-jacent si celle-ci est plus courte et qu’aucune option d’achat n’est raisonnablement certaine. Dans la majorité des cas, l’amortissement est linéaire, ce qui simplifie la lecture du compte de résultat. Pour l’exemple ABC, avec un droit d’usage de 35 460 € sur 4 ans, l’amortissement annuel complet serait de 8 865 €.

Dans une situation de clôture intermédiaire, l’amortissement est prorata temporis. Au 31/12/N (9 mois d’utilisation depuis le 01/04/N), l’amortissement sera de :

Amortissement N = 35 460 × (9/48) ≈ 6 649 €

Pour un immeuble de bureaux, si une option d’achat est raisonnablement certaine d’être exercée, le droit d’utilisation est amorti sur la durée de vie économique estimée de l’immeuble (par exemple 30 ou 40 ans) et non sur la simple durée du bail. Ce choix a un impact direct sur le profil d’amortissement et donc sur le résultat net des premières années.

Exemple complet sur 3 exercices : impacts sur EBITDA, EBIT, résultat net et gearing

Pour mesurer l’effet IFRS 16, il est utile de comparer schématiquement la situation d’un bail de 100 000 €/an sur 5 ans, avant et après la norme :

  • Avant IFRS 16 (IAS 17 – location simple) : charge de loyer de 100 000 € en exploitation, diminution de l’EBITDA et de l’EBIT, aucun impact sur le résultat financier, aucun passif locatif au bilan.
  • Après IFRS 16 : plus de charge de loyer en exploitation ; apparition d’un amortissement du droit d’usage (par exemple 91 000 €/an) et d’une charge d’intérêts décroissante (par exemple 18 000 € en N1, 15 000 € en N2, etc.).

Concrètement :

EBITDA augmente mécaniquement d’environ 100 000 € par an, l’EBIT reste proche de l’ancien résultat opérationnel, le résultat net est légèrement pénalisé en début de contrat puis favorisé en fin de contrat, tandis que le gearing (dette nette / capitaux propres) se dégrade par l’ajout de la dette de location.

Pour vous, cela signifie que les covenants bancaires et les indicateurs de performance doivent être relus à la lumière d’IFRS 16, avec parfois la mise en place de clauses de “neutralisation IFRS 16” pour éviter des ruptures artificielles d’engagements.

Reclassements et réconciliations avec les engagements de location hors bilan publiés en annexe

Lors de la première application, l’un des enjeux majeurs a été de réconcilier les engagements de loyers hors bilan publiés sous IAS 17 avec la dette IFRS 16 d’ouverture. Plusieurs ajustements expliquent pourquoi la dette de location n’est pas égale, à l’euro près, à la simple somme des engagements futurs :

  • actualisation des flux futurs à un taux d’emprunt marginal ;
  • exclusion des contrats de moins de 12 mois ou de faible valeur ;
  • ajustements de durée (options de prorogation ou de résiliation) et retraitement des composantes non locatives.

Cette réconciliation est un exercice particulièrement suivi par les régulateurs et les analystes, car elle éclaire la qualité des données d’inventaire des baux et la robustesse des hypothèses. Dans les faits, plusieurs groupes ont constaté des écarts de plus de 10 % entre engagements publiés et dette IFRS 16, essentiellement dus à l’actualisation et à la révision des durées fermes.

Cas spécifiques de comptabilisation IFRS 16 : contrats immobiliers, véhicules de flotte et IT

Contrats de bail immobilier de bureaux et entrepôts logistiques : franchise de loyer, pas-de-porte, révisions triennales

Les baux immobiliers présentent souvent des particularités qui complexifient la comptabilisation IFRS 16. Les franchises de loyers (exonération partielle ou totale sur les premières périodes) ne signifient pas absence de location : les loyers futurs restent pris en compte dans la dette, et la franchise vient généralement diminuer le droit d’utilisation initial. Les pas-de-porte versés au bailleur sont assimilés à des paiements d’avance et augmentent, quant à eux, le montant capitalisé.

Les révisions triennales réglementaires en France, souvent indexées sur l’ILC ou l’ICC, ne sont pas anticipées au-delà de l’indice de départ : la dette est calculée sur la base des loyers à la date de commencement, et sera ajustée lorsque l’indexation produira un effet significatif. Après la crise sanitaire, les renégociations de baux (remises de loyers, étalements) ont été fréquentes, obligeant de nombreux groupes à reparamétrer leurs calculs IFRS 16 et à documenter la distinction entre modification de contrat et simple concession de loyer.

Location longue durée (LLD) de véhicules : loyers variables liés au kilométrage et pénalités de restitution

Les contrats de location longue durée de véhicules de flotte combinent généralement un loyer fixe mensuel et des composantes variables liées au kilométrage ou à l’état du véhicule à la restitution. Les loyers fixes et “fixes en substance” entrent dans la dette de location, alors que la partie variable pure (surplus kilométrique, pénalités de dommages) reste en charges lorsqu’elle est encourue. Il est alors essentiel que vous disposiez d’une segmentation fiable des factures du loueur pour distinguer chaque composante.

Les pénalités de restitution peuvent, dans certains cas, être intégrées dans la dette initiale si elles sont considérées comme probables et mesurables (par exemple, un contrat qui impose systématiquement une remise à neuf des véhicules). Cependant, la plupart du temps, elles sont traitées comme des provisions classiques en fin de contrat, sur la base d’une estimation des coûts de remise en état, en cohérence avec IAS 37.

Location de serveurs, licences et équipements IT : analyse de la composante service vs composante location

La digitalisation accélérée depuis 2020 a multiplié les contrats d’abonnements IT, de cloud et de logiciels en mode SaaS. Tous ne relèvent pas d’IFRS 16. Un contrat de location de serveurs dédiés dans un data center, pour une durée de 5 ans, avec un accès exclusif aux machines, constitue typiquement une location avec actif identifié. En revanche, un contrat d’accès à une plateforme logicielle mutualisée, sans droit d’usage sur des serveurs ou équipements déterminés, relève plutôt d’IFRS 15 et d’IAS 38.

La question clé est : l’entreprise contrôle-t-elle un actif identifié ou seulement un niveau de service ? Lorsque les deux composantes coexistent (hardware dédié + services managés), une séparation des flux s’impose, avec une partie IFRS 16 pour le droit d’usage et une partie IFRS 15 pour la prestation de service. Cette analyse fine évite de surévaluer artificiellement la dette locative et préserve la comparabilité avec d’autres acteurs du secteur.

Contrats de sale and leaseback selon IFRS 16 §98–103 : cession-bail, plus-values et reclassement

Les opérations de sale and leaseback (cession-bail) permettent à une entreprise de céder un actif (souvent immobilier), puis de le reprendre immédiatement en location. IFRS 16 impose d’abord de déterminer si la cession constitue une “vente” au sens d’IFRS 15. Si la réponse est positive, le vendeur-locataire comptabilise la cession à la juste valeur mais ne reconnaît en résultat que la partie de la plus-value liée aux droits effectivement transférés au bailleur.

Le droit d’utilisation repris est évalué proportionnellement à la part de droit conservée, et une dette locative est enregistrée pour les paiements futurs. En cas d’échec de la vente (conditions de contrôle non remplies), l’opération est traitée comme un financement : aucun gain n’est constaté, l’actif reste au bilan et les sommes reçues sont comptabilisées en dette financière, illustrant la volonté de la norme de limiter les effets d’optimisation purement comptable.

Traitement des sous-locations (subleases) : classification en sous-location de financement ou d’exploitation

Les sous-locations apparaissent lorsqu’une entité, déjà preneur IFRS 16, sous-loue tout ou partie du bien à un tiers. Dans ce cas, elle devient bailleur dans le cadre d’un contrat de sous-location. La classification de cette sous-location (financement ou exploitation) se fait en référence à l’actif de droit d’utilisation et non au bien physique sous-jacent. Si la quasi-totalité des avantages économiques attachés au droit d’utilisation est transférée au sous-locataire, la sous-location est de financement ; sinon, elle est de location simple.

Concrètement, une sous-location de financement conduit à décomptabiliser tout ou partie du droit d’usage et à reconnaître une créance de location ; une sous-location d’exploitation maintient l’actif de droit d’utilisation au bilan du preneur-bailleur initial, qui comptabilise des produits de location sur la durée du sous-bail. Ce traitement en cascade illustre bien la complexité d’IFRS 16 lorsque plusieurs niveaux contractuels coexistent sur un même actif.

Réévaluation, modification et résiliation des contrats IFRS 16 : exemples de retraitement comptable

Réévaluation liée aux indices et taux variables (IFRS 16 §42) : variation d’indexation et impact sur la dette

Lorsque les loyers sont indexés sur un indice (par exemple l’ILC ou l’IPC) ou un taux de référence (type Euribor), chaque variation significative déclenche une réévaluation de la dette de location. Le principe est le suivant : à la date de changement de l’indice, la dette est recalculée en actualisant les nouveaux paiements restants au taux d’actualisation d’origine (sauf si le changement est lié à une modification substantielle du contrat nécessitant un nouveau taux).

L’écart entre l’ancienne et la nouvelle valeur actuelle est comptabilisé en ajustement de la dette et du droit d’utilisation. Si la réévaluation est significative, elle peut modifier sensiblement la charge d’amortissement et de financement futures. Dans un environnement inflationniste, ces réévaluations peuvent se multiplier et il devient alors indispensable pour vous de mettre en place des processus de suivi des indices, en lien avec les équipes immobilières et achats.

Modification de contrat de location : extension de durée, ajout de surfaces, baisse de loyer

Une modification de contrat de location intervient lorsqu’une ou plusieurs clauses essentielles sont renégociées : prolongation de la durée, ajout ou suppression de surfaces, changement de loyer hors simple indexation. IFRS 16 distingue deux cas : la modification crée-t-elle un contrat de location séparé (par exemple ajout de nouveaux locaux avec loyer proportionnel) ou constitue-t-elle une modification du contrat existant ?

En cas de modification du contrat existant, il convient de recalculer la dette de location sur la base des paiements modifiés, actualisés à un nouveau taux d’emprunt marginal à la date de modification. Le droit d’utilisation est ajusté à due concurrence, avec impact en résultat si l’ajustement dépasse la valeur comptable résiduelle. Cette mécanique rappelle, par analogie, les modifications de conditions d’un emprunt bancaire (refinancement, rééchelonnement, remise accordée) telles que traitées par IFRS 9.

Résiliation anticipée à la demande du locataire : reprise partielle de l’actif et ajustement de la dette

Lors d’une résiliation anticipée décidée par le preneur et acceptée par le bailleur, la durée de location est raccourcie. La dette de location doit être diminuée pour refléter l’annulation des paiements futurs, et le droit d’utilisation doit être réduit pour tenir compte de la fin prématurée de l’usage de l’actif. L’écart entre la diminution de la dette et la diminution correspondante de l’actif est comptabilisé immédiatement en résultat.

Si vous fermez un magasin deux ans avant la fin du bail initialement prévue, par exemple, l’impact peut être significatif : reprise partielle d’amortissement d’un côté, charge nette de clôture de l’autre, sans oublier les éventuelles indemnités de résiliation ou coûts de remise en état. Ces éléments doivent être distingués des pertes de valeur (impairment) du droit d’utilisation, traitées selon IAS 36, lorsque le bail est maintenu mais que la rentabilité attendue du site se dégrade fortement.

Changement d’estimation de l’option d’achat ou de prorogation : retraitement prospectif

Les options de prorogation ou d’achat ne sont pas figées une fois pour toutes. Si, au cours de la vie du contrat, de nouveaux éléments vous conduisent à réviser votre appréciation de la “raisonnable certitude” d’exercer une option, la durée de location doit être réévaluée. Par exemple, un changement de stratégie immobilière ou la décision de centraliser des fonctions peut réduire la probabilité de reconduction d’un bail.

Le retraitement est effectué prospectivement : la dette de location est recalculée comme si la nouvelle durée avait été décidée à la date de changement d’estimation, et le droit d’utilisation est ajusté en contrepartie. Aucun retraitement rétroactif des périodes antérieures n’est réalisé. Cette approche évite de reouvrir les comptes passés, mais elle suppose une documentation solide des jugements portés sur les options, très surveillés lors des revues de comités d’audit et des inspections des autorités de marché.

Exemple chiffré : renégociation d’un bail commercial avec réduction de loyer post-covid

De nombreux commerces ont obtenu, à partir de 2020, des remises de loyers temporaires ou définitives. Supposons un bail initial de 9 ans, 300 000 €/an, avec une dette de location résiduelle de 1,5 M€ et un droit d’utilisation net de 1,4 M€ au 31/12/N. En N+1, une renégociation aboutit à une réduction permanente de loyer de 10 %, ramenant les paiements annuels à 270 000 € pour la durée restante, sans modification de la durée du bail.

La dette est recalculée en actualisant les nouveaux flux restants au nouveau taux d’emprunt marginal (par exemple 3,5 % au lieu de 4,2 % initialement). Si la nouvelle valeur actuelle ressort à 1,3 M€, soit une diminution de 200 000 €, et que le droit d’utilisation est ajusté d’autant, une partie de l’écart peut être comptabilisée en résultat si la réduction dépasse la valeur résiduelle de l’actif. Dans la pratique, certaines autorités ont publié des allègements temporaires de méthode pour les concessions de loyers Covid-19, mais en régime normal, ce type de renégociation est traité comme une modification classique de contrat IFRS 16.

Simplifications, petits tickets et disclosures IFRS 16 : exemptions, seuils et informations en annexe

IFRS 16 prévoit plusieurs simplifications qui permettent de limiter la charge opérationnelle de suivi, notamment pour les PME cotées ou les groupes très décentralisés. Les deux mesures phares sont l’exemption pour les contrats à court terme (12 mois ou moins) et celle pour les biens de faible valeur. Beaucoup d’entreprises définissent des politiques internes, par exemple en excluant systématiquement les baux de petits matériels informatiques ou de mobiliers standard en dessous d’un certain seuil, tout en documentant la justification de ce seuil au regard de la matérialité globale.

Ces simplifications n’exonèrent pas des requirements d’informations en annexe. La norme impose de divulguer, entre autres :

  • le montant total des charges de loyers liées aux baux courts et aux actifs de faible valeur ;
  • une analyse d’échéances des dettes de location ;
  • les principaux jugements effectués dans la détermination des durées de location et des taux d’actualisation.

Pour un lecteur d’états financiers, ces disclosures constituent un complément essentiel à la lecture du bilan et du compte de résultat. Pour vous, elles représentent une opportunité de rendre plus intelligibles les effets parfois spectaculaires d’IFRS 16 sur vos indicateurs clés, en explicitant vos méthodes d’inventaire des contrats, vos hypothèses d’indexation et votre politique de gestion des options de prorogation ou de résiliation.

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