La tenue rigoureuse d’un journal de banque constitue l’un des piliers fondamentaux de la comptabilité d’entreprise. Ce document, souvent perçu comme une simple formalité administrative, représente en réalité un outil stratégique permettant de suivre avec précision l’ensemble des mouvements financiers transitant par les comptes bancaires. Dans un contexte économique où la traçabilité des flux financiers est devenue une exigence réglementaire incontournable, maîtriser l’enregistrement des opérations bancaires s’avère indispensable pour tout professionnel de la comptabilité. Que vous gériez une SARL, une SAS ou une entreprise individuelle, la compréhension des mécanismes de saisie, des normes comptables applicables et des bonnes pratiques de rapprochement bancaire détermine directement la fiabilité de vos états financiers et facilite considérablement vos contrôles internes.
Définition et cadre réglementaire du journal de banque en comptabilité
Le journal de banque, également désigné sous le terme de journal de trésorerie bancaire, constitue l’un des journaux auxiliaires obligatoires dans le système comptable français. Il enregistre chronologiquement toutes les opérations affectant les comptes bancaires de l’entreprise, qu’il s’agisse d’encaissements, de décaissements, de virements ou de prélèvements. Chaque mouvement doit être justifié par une pièce comptable probante, généralement le relevé bancaire, et saisi selon le principe de la partie double qui régit la comptabilité générale.
La tenue de ce journal répond à une double exigence : d’une part, elle permet de respecter les obligations légales imposées par le Code de commerce et le Plan Comptable Général ; d’autre part, elle offre une vision claire et actualisée de la position de trésorerie de l’entreprise. Cette transparence financière facilite la prise de décision et constitue un élément essentiel lors des contrôles fiscaux ou des audits comptables.
Structure du journal de banque selon le plan comptable général (PCG)
Le Plan Comptable Général organise les comptes bancaires au sein de la classe 5, dédiée aux comptes financiers. Cette classification permet une identification immédiate de la nature des opérations et garantit l’homogénéité des pratiques comptables entre les différentes entreprises. Le journal de banque se structure autour de plusieurs colonnes essentielles : la date de l’opération, le numéro de pièce justificative, le libellé descriptif, les comptes mouvementés au débit et au crédit, ainsi que les montants correspondants.
Chaque entreprise doit créer autant de journaux de banque qu’elle possède de comptes bancaires distincts. Cette segmentation évite les confusions et facilite considérablement le rapprochement bancaire mensuel. La numérotation des journaux suit généralement une codification alphanumérique, comme BQ1 pour le premier compte bancaire, BQ2 pour le second, et ainsi de suite. Cette organisation méthodique permet de retrouver rapidement l’historique des transactions et constitue une garantie de traçabilité en cas de litige ou de contrôle.
Comptes 512 et 514 : distinction entre banque débitrice et créditrice
La distinction entre les comptes 512 et 514 revêt une importance capitale dans la représentation fidèle de la situation financière. Le compte 512, intitulé « Banques », enregistre les soldes bancaires positifs, c’est-à-dire lorsque l’entreprise dispose d’avoirs disponibles auprès de ses établissements bancaires. À l’inverse, le compte 514, « Banques – crédit de tré
dit « à vue », retrace les situations où la banque devient créditrice vis-à-vis de l’entreprise, par exemple en cas de découvert autorisé ou de concours bancaires courants. Autrement dit, lorsque votre compte est « dans le rouge » sur le relevé bancaire, c’est le compte 514 qui est utilisé en comptabilité pour matérialiser cette dette à court terme.
Concrètement, le compte 512 fonctionne comme un compte d’actif : il augmente par le débit (encaissement) et diminue par le crédit (décaissement). Le compte 514, lui, fonctionne comme un compte de passif : il augmente par le crédit (aggravation du découvert) et diminue par le débit (réduction du découvert). Cette distinction est essentielle pour présenter une image fidèle de la trésorerie dans le bilan et pour analyser correctement les indicateurs de liquidité et d’endettement à court terme.
Obligations légales de tenue du livre-journal selon l’article L123-12 du code de commerce
L’article L123-12 du Code de commerce impose à toute personne physique ou morale ayant la qualité de commerçant de « procéder à l’enregistrement comptable des mouvements affectant le patrimoine de son entreprise ». Cet enregistrement doit être effectué de manière chronologique dans un livre-journal, dont le journal de banque constitue l’un des volets lorsqu’il est décliné en journaux auxiliaires. Le texte précise également que les comptes annuels doivent donner une image fidèle du patrimoine, de la situation financière et du résultat de l’entreprise.
En pratique, cela signifie que le journal de banque doit être exhaustif, sincère et inaltérable. Aucune rature, surcharge ou effacement ne doit apparaître, y compris lorsqu’il est tenu sous forme dématérialisée : les logiciels comptables doivent garantir une piste d’audit fiable et l’irréversibilité des enregistrements. Les entreprises ont également l’obligation de conserver leurs journaux comptables, y compris le journal de banque, pendant au moins dix ans, afin de pouvoir les présenter en cas de contrôle de l’administration fiscale ou d’audit légal.
Fréquence de saisie et périodicité des enregistrements bancaires
Sur le plan réglementaire, les textes n’imposent pas une fréquence de saisie quotidienne du journal de banque, mais exigent que les enregistrements soient réalisés « au jour le jour » et dans des délais compatibles avec la clôture annuelle des comptes. En pratique, la fréquence dépend de la taille de l’entreprise, du volume de transactions et du niveau de risque accepté en matière de trésorerie. Une PME réalisant de nombreux encaissements et décaissements aura intérêt à mettre à jour son journal de banque au minimum une fois par semaine, voire quotidiennement.
Une saisie trop espacée augmente les risques d’erreurs, d’oublis et de décalages de trésorerie non détectés à temps. À l’inverse, une tenue régulière du journal de banque facilite les rapprochements bancaires, sécurise les prévisions de trésorerie et permet de réagir rapidement en cas de prélèvement inattendu ou de chèque impayé. Avec la généralisation des flux bancaires automatisés, il devient d’ailleurs courant, dans les structures bien équipées, de disposer d’un journal de banque quasi mis à jour en temps réel.
Méthode de saisie des opérations bancaires en partie double
Le journal de banque repose sur le principe fondamental de la comptabilité en partie double : à chaque opération correspond un débit et un crédit, pour des montants strictement identiques. Ce mécanisme permet de refléter simultanément l’impact d’un mouvement bancaire sur la trésorerie (compte 512 ou 514) et sur un autre poste du bilan ou du compte de résultat (client, fournisseur, charge, produit, TVA, etc.). Comprendre cette logique est indispensable pour savoir si une opération bancaire doit être enregistrée au débit ou au crédit du journal de banque.
Une bonne pratique consiste à toujours se poser la question suivante : « Mon solde bancaire augmente-t-il ou diminue-t-il ? » Si la trésorerie augmente, le compte 512 est débité ; si elle diminue, il est crédité. En miroir, le compte de contrepartie (client, fournisseur, charge, produit) est mouvementé dans le sens inverse. Cette approche, simple en apparence, évite de nombreuses erreurs de sens débit/crédit, surtout lorsque l’on débute en comptabilité.
Enregistrement des virements entrants et sortants : débit-crédit
Les virements bancaires figurent parmi les opérations les plus fréquentes du journal de banque. Lorsqu’un client règle une facture par virement SEPA, la trésorerie de l’entreprise augmente : on débite le compte 512 « Banques » et on crédite le compte 411 « Clients » correspondant, soldant ainsi la créance. À l’inverse, lorsqu’un virement sortant est effectué vers un fournisseur, le compte 512 est crédité et le compte 401 « Fournisseurs » est débité, ce qui traduit la diminution de la dette.
Dans certains cas, les virements correspondent à des mouvements internes de trésorerie, par exemple un transfert entre deux comptes bancaires ou entre la caisse (531) et la banque (512). Dans ce type de virement interne, aucun tiers n’intervient : on crédite le compte bancaire d’origine et on débite le compte bancaire ou de caisse de destination. Même si l’opération est neutre sur la trésorerie globale, elle doit impérativement figurer dans le journal de banque de chaque compte concerné pour permettre un rapprochement fiable avec les relevés bancaires.
Comptabilisation des prélèvements automatiques et échéances fournisseurs
Les prélèvements automatiques (abonnements, loyers, assurances, charges sociales, impôts, etc.) peuvent rapidement se multiplier et complexifier la tenue du journal de banque si l’on ne dispose pas d’une méthode claire. À chaque débit constaté sur le relevé bancaire, il convient d’analyser la nature de la dépense et d’identifier le compte de charges ou de dettes correspondant. Par exemple, un prélèvement d’assurance professionnelle sera enregistré par le débit du compte 616 « Primes d’assurances » et le crédit du compte 512 ou 514.
S’agissant des échéances fournisseurs payées par prélèvement, la logique est identique à celle d’un virement : on débite le compte 401 du fournisseur concerné (pour solder la dette) et on crédite le compte bancaire. Une difficulté fréquente réside dans le manque de lisibilité de certains libellés bancaires. Dans ce cas, il est recommandé de se référer aux mandats de prélèvement, aux contrats ou aux factures reçues, et, en dernier recours, d’utiliser temporairement un compte d’attente 471 jusqu’à l’identification précise de l’opération.
Traitement des frais bancaires et commissions de mouvement
Les frais bancaires et commissions de mouvement constituent des charges financières récurrentes qui doivent être enregistrées avec précision pour ne pas fausser le coût réel des services bancaires. Lorsqu’un relevé bancaire mentionne des « frais de tenue de compte », « commissions de mouvement » ou « frais de carte », l’écriture type consiste à débiter un compte de charges approprié (souvent 627 « Services bancaires et assimilés ») et à créditer le compte 512 ou 514, selon que le compte est débiteur ou à découvert.
Si ces frais sont soumis à TVA, ce qui est rare mais possible pour certaines commissions spécifiques, il faudra ventiler l’écriture en deux comptes distincts : un compte 627 pour le montant hors taxe et un compte 44566 « TVA déductible sur autres biens et services » pour la TVA, le tout soldé par le crédit du compte bancaire. Dans les entreprises à forte volumétrie de flux, ces montants peuvent représenter des sommes significatives ; les suivre finement dans le journal de banque permet de mieux négocier les conditions bancaires et d’optimiser les charges financières.
Saisie des effets de commerce : LCR et billets à ordre
Les effets de commerce, tels que les LCR (lettres de change relevé) et les billets à ordre, obéissent à une logique comptable légèrement plus complexe, car ils génèrent des mouvements intermédiaires entre le client et la banque. Lorsqu’une LCR est remise à l’escompte, l’entreprise enregistre généralement l’opération via un compte transitoire 5113 « Effets à l’escompte » : on débite ce compte et on crédite le compte 411 du client, ce qui traduit le transfert de la créance vers la banque.
Au moment du crédit effectif sur le compte bancaire, le journal de banque enregistre le débit du compte 512 et le crédit du compte 5113, tandis que les agios d’escompte sont comptabilisés en charges financières (661 « Intérêts des emprunts et dettes ») via une écriture distincte. En cas d’effet impayé, une écriture de retour à l’impayé est nécessaire, souvent via un compte 416 « Clients douteux ou litigieux ». Vous le voyez, la gestion des LCR et billets à ordre illustre bien comment le journal de banque s’articule avec d’autres journaux et comptes de tiers pour assurer une traçabilité complète des flux.
Exemple pratique de journal de banque pour une SARL
Pour passer de la théorie à la pratique, examinons maintenant un exemple concret de journal de banque pour une SARL soumise au régime réel normal. L’objectif est d’illustrer, sur quelques opérations types, la manière dont les écritures se présentent dans le compte 512000 « Banque » et comment elles s’articulent avec les comptes de tiers, de charges et de produits. Cet exemple vous servira de trame pour construire votre propre journal de banque, que vous travailliez sur un logiciel comptable ou sur un tableur structuré.
Imaginons une semaine d’activité au cours de laquelle la SARL encaisse un règlement client par virement, règle une facture fournisseur avec TVA, supporte des frais bancaires et voit des intérêts débiteurs prélevés en raison d’un léger dépassement de découvert autorisé. Nous allons voir comment ces opérations se traduisent en écriture dans le journal de banque et quelles sont les numérotations de pièces à adopter pour une traçabilité optimale.
Tableau d’enregistrement des opérations du compte 512000 avec numérotation des pièces
Le tableau ci-dessous présente un extrait simplifié de journal de banque pour le compte 512000, avec une numérotation de pièces structurée (RV pour « relevé virement », PF pour « paiement fournisseur », FB pour « frais bancaires »). Cette codification permet d’identifier rapidement la nature des opérations et de retrouver les justificatifs associés.
| Date | N° pièce | Compte | Libellé | Débit (€) | Crédit (€) |
|---|---|---|---|---|---|
| 05/03/N | RV2301 | 411000 | Règlement client X facture F2023-045 | 6 000,00 | |
| 05/03/N | RV2301 | 512000 | Encaissement virement client X | 6 000,00 | |
| 07/03/N | PF2308 | 401000 | Règlement fournisseur Y facture FA23-210 | 3 600,00 | |
| 07/03/N | PF2308 | 512000 | Virement SEPA fournisseur Y | 3 600,00 | |
| 09/03/N | FB2303 | 627000 | Frais de tenue de compte mars | 25,00 | |
| 09/03/N | FB2303 | 512000 | Prélèvement frais bancaires | 25,00 |
Dans un logiciel comptable, ces lignes apparaîtront généralement sous un code journal spécifique (par exemple « BQ1 ») avec un total débit égal au total crédit sur la période. Vous pouvez ensuite compléter cet extrait par une colonne de solde cumulatif pour visualiser l’évolution de la trésorerie après chaque opération, ce qui constitue un excellent réflexe de pilotage.
Comptabilisation d’un règlement client par virement SEPA
Prenons maintenant l’opération d’encaissement client par virement SEPA du 05/03/N. La facture F2023-045 d’un montant de 6 000 € TTC avait été enregistrée au préalable dans le journal des ventes en débitant le compte 411 « Client X » et en créditant les comptes de produits et de TVA collectée. Au moment de l’encaissement, le journal de banque enregistre la disparition de la créance et l’augmentation de la trésorerie.
L’écriture de banque se présente ainsi : débit du compte 512000 « Banque » pour 6 000 € et crédit du compte 411000 « Client X » pour 6 000 €. Cette écriture est rattachée au relevé bancaire via le numéro de pièce RV2301 et, idéalement, associée à la facture dans votre logiciel pour faciliter le lettrage. Ce simple exemple illustre bien le rôle du journal de banque : il ne crée pas le chiffre d’affaires, mais il matérialise le passage de « créance » à « trésorerie disponible ».
Enregistrement d’un paiement fournisseur avec TVA déductible
Considérons maintenant le règlement d’une facture fournisseur d’un montant de 3 600 € TTC, comprenant 3 000 € HT de prestations et 600 € de TVA à 20 %. Lors de l’enregistrement de la facture dans le journal des achats, l’entreprise a débité les comptes de charges (par exemple 615 « Entretien et réparations ») et 44566 « TVA déductible », puis crédité le compte 401 « Fournisseur Y ». Le paiement par virement SEPA vient solder cette dette et diminue la trésorerie bancaire.
Dans le journal de banque, l’écriture se traduit par le débit du compte 401000 « Fournisseur Y » pour 3 600 € et le crédit du compte 512000 « Banque » pour le même montant, sous le numéro de pièce PF2308. Il est capital de ne pas réenregistrer la TVA à ce stade : celle-ci a déjà été prise en compte lors de la comptabilisation de la facture. En pratique, une erreur fréquente consiste à débiter directement un compte de charges lors du paiement, ce qui conduit à doubler l’enregistrement de la dépense. Le journal de banque doit toujours intervenir en aval des journaux d’achats et de ventes, jamais en doublon.
Traitement des agios et intérêts débiteurs au compte 661100
Les agios et intérêts débiteurs constituent une autre catégorie de charges financières à suivre attentivement dans le journal de banque, en particulier lorsque l’entreprise recourt régulièrement au découvert. Imaginons qu’en fin de mois, la banque prélève 85 € d’intérêts débiteurs au titre de l’utilisation d’une ligne de crédit. Le relevé bancaire mentionne ce débit sous un libellé du type « Intérêts débiteurs 02/N ».
L’écriture comptable à passer dans le journal de banque est la suivante : débit du compte 661100 « Intérêts des emprunts et dettes » pour 85 € et crédit du compte 512000 (ou 514000 si le compte est à découvert) pour 85 €. Si ces intérêts comprennent une part de commission non soumise à TVA et une part d’intérêt pur, vous pouvez affiner l’enregistrement en ventilant sur des sous-comptes dédiés (661110, 661120, etc.). Cette granularité facilitera l’analyse de vos coûts de financement lors de la préparation du compte de résultat et des négociations bancaires.
Rapprochement bancaire et lettrage des écritures
Le rapprochement bancaire est l’étape qui consiste à vérifier la cohérence entre le journal de banque et les relevés fournis par l’établissement financier. Il s’agit d’une opération de contrôle incontournable, réalisée au minimum une fois par mois, qui permet d’identifier les décalages de dates, les écritures manquantes et les erreurs éventuelles. Sans rapprochement régulier, un journal de banque impeccablement tenu peut pourtant contenir des anomalies passées inaperçues, avec à la clé des écarts de trésorerie et des risques de rejet de comptabilité en cas de contrôle.
Le lettrage des comptes de tiers (clients, fournisseurs) complète ce dispositif en permettant de rattacher chaque encaissement ou décaissement à la facture correspondante. Combinés, rapprochement bancaire et lettrage offrent une vision à 360° de vos flux financiers : ce qui est demandé, ce qui est payé, ce qui est encaissé, et ce qui reste en suspens. On peut les comparer à un « relevé de notes » détaillé de vos relations financières avec vos partenaires.
Méthodologie du rapprochement entre relevé bancaire et journal comptable
La méthodologie classique de rapprochement bancaire repose sur une démarche en plusieurs étapes. Tout d’abord, on sélectionne le relevé bancaire de la période (souvent le mois civil) et on vérifie la concordance du solde d’ouverture avec le solde de clôture du rapprochement précédent. Ensuite, on pointe, une à une, les lignes du relevé avec les écritures correspondantes du journal de banque, en cochant chaque opération appariée.
Les opérations présentes dans le relevé mais absentes du journal de banque doivent être saisies sans délai (frais bancaires, intérêts, prélèvements oubliés, etc.). À l’inverse, certaines écritures du journal peuvent ne pas encore figurer sur le relevé à la date de clôture (chèques émis non débités, remises de chèques en cours d’encaissement, virements en transit). Le rapprochement bancaire aboutit à un état qui explique l’écart entre le solde comptable du compte 512 et le solde du relevé, en listant ces opérations « en rapprochement ».
Identification et régularisation des écarts de trésorerie
Lorsque le rapprochement bancaire fait apparaître un écart inexpliqué entre le solde comptable et le solde bancaire, il est indispensable de mener une analyse systématique. La première piste consiste à contrôler les totaux débit/crédit du journal de banque et à vérifier l’absence de « déséquilibre » dans les écritures. Viennent ensuite les erreurs de saisie fréquentes : inversion de chiffres (45 000 au lieu de 54 000), omission d’une opération, enregistrement en double.
Une fois l’écart identifié, la régularisation passe par des écritures d’ajustement dans le journal de banque ou, plus rarement, par une correction dans un autre journal (par exemple, une écriture passée par erreur dans le journal des achats au lieu du journal de banque). Il est impératif de documenter ces corrections (note d’explication, pièce interne) afin de justifier la piste d’audit. Un écart récurrent et non traité peut fausser durablement vos états financiers et remettre en cause la fiabilité de votre bilan de trésorerie.
Traitement des opérations non comptabilisées et suspens bancaires
Les suspens bancaires désignent les mouvements apparaissant sur le relevé bancaire mais ne pouvant être immédiatement rapprochés d’une opération comptable identifiée. Il peut s’agir de virements entrants sans référence, de prélèvements mal libellés, ou encore d’opérations techniques (ajustements de change, corrections de la banque). Face à ce type d’éléments, la tentation est grande de les « laisser de côté » ; pourtant, ils doivent être pris en compte dans le journal de banque pour que les soldes concordent.
Une bonne pratique consiste à utiliser un compte d’attente 471 « Comptes transitoires ou d’attente » pour enregistrer temporairement ces opérations tant que leur nature exacte n’est pas connue. Dès que le justificatif est obtenu (courrier de la banque, facture, contrat), une écriture de régularisation vient solder le compte 471 et affecter la charge ou le produit au bon compte. L’objectif est de ne jamais clôturer un exercice avec des suspens bancaires non élucidés, sous peine de voir ces montants requalifiés lors d’un contrôle fiscal.
Digitalisation du journal de banque avec les logiciels comptables
La digitalisation du journal de banque a profondément modifié les pratiques comptables au cours des dernières années. Là où les comptables saisissaient manuellement chaque ligne de relevé, les logiciels modernes proposent désormais l’import automatique des flux bancaires, leur pré-catégorisation et parfois même la génération des écritures en partie double. Cette évolution permet de sécuriser la tenue des journaux tout en libérant du temps pour des tâches à plus forte valeur ajoutée, comme l’analyse de trésorerie ou le conseil de gestion.
Pour autant, l’automatisation ne dispense pas de comprendre la logique comptable sous-jacente. Un paramétrage inadapté ou un manque de contrôle peut conduire à des erreurs en série, plus difficiles à détecter qu’une simple faute de frappe. Il est donc crucial de bien maîtriser le fonctionnement des outils (règles d’imputation, modèles d’écritures, rapprochement automatique) et de conserver un œil critique sur les propositions du logiciel.
Automatisation des écritures bancaires dans sage 100 et cegid
Des solutions de gestion comptable comme Sage 100 ou Cegid offrent des modules dédiés au traitement automatisé des relevés bancaires. Le principe est généralement le même : les flux bancaires sont importés directement depuis la banque, via un fichier normé ou une connexion sécurisée, puis le logiciel propose des lettrages automatiques et des imputations comptables en fonction de règles paramétrées. Par exemple, un prélèvement récurrent identifié comme « LOYER » pourra être automatiquement affecté au compte 613 « Locations » avec le bon taux de TVA.
Dans ces environnements, le journal de banque n’est plus saisi ligne à ligne, mais généré à partir des flux. Le rôle du comptable évolue vers un travail de validation, de contrôle et d’ajustement. En cas d’anomalie (nouveau fournisseur, changement de libellé, montant inhabituel), le logiciel place l’opération dans une file de « révision » que l’utilisateur doit analyser. Cette approche hybride, combinant automatisation et supervision humaine, constitue aujourd’hui le standard des cabinets et services comptables performants.
Import des fichiers CFONB et flux bancaires API
Sur le plan technique, deux grands modes d’intégration sont aujourd’hui utilisés pour alimenter le journal de banque : l’import de fichiers CFONB et la connexion via API bancaires. Le format CFONB (Comité Français d’Organisation et de Normalisation Bancaires) est un standard historique en France pour l’échange de données bancaires. La banque met à disposition un fichier texte structuré que le logiciel comptable importe, traduisant chaque ligne en écriture potentielle.
Avec l’essor de l’open banking et de la directive européenne DSP2, les flux bancaires via API (interfaces de programmation applicatives) se développent rapidement. Ils permettent une récupération quasi temps réel des transactions, sans manipulation de fichiers, et offrent souvent des informations enrichies (catégories, libellés détaillés, identifiants uniques). Pour votre journal de banque, cela se traduit par une mise à jour plus fréquente, une réduction des délais de rapprochement et une meilleure fiabilité des données.
Connectivité bancaire avec bridge API et budget insight
Des agrégateurs comme Bridge API ou Budget Insight jouent un rôle clé dans cette nouvelle chaîne de valeur. Ils se positionnent comme des intermédiaires sécurisés entre les établissements bancaires et les logiciels comptables ou de trésorerie. Concrètement, vous autorisez l’agrégateur, via une interface sécurisée, à accéder aux données de vos comptes bancaires ; celui-ci récupère ensuite les transactions et les met à disposition de vos outils sous un format unifié.
Cette connectivité bancaire permet de centraliser les flux de plusieurs banques et entités juridiques dans un même environnement, ce qui est particulièrement précieux pour les groupes ou les entreprises multi-sociétés. Pour le journal de banque, l’impact est immédiat : moins de saisie, plus de fiabilité, et surtout une vision consolidée de la trésorerie. La clé du succès réside toutefois dans le paramétrage initial des règles d’imputation comptable et dans la mise en place de contrôles réguliers pour s’assurer que l’automatisation reste conforme à vos schémas comptables.
Contrôle interne et audit du journal de banque
Le journal de banque se trouve au cœur du dispositif de contrôle interne, car il concentre la quasi-totalité des flux de trésorerie d’une entreprise. Pour un auditeur, interne ou externe, il constitue une source d’information privilégiée pour détecter d’éventuelles anomalies, fraudes ou faiblesses de procédure. Un contrôle approfondi du journal de banque permet, par exemple, de repérer des paiements en doublon, des virements non justifiés, des prélèvements inexpliqués ou des soldes de comptes bancaires incorrectement reflétés dans les états financiers.
Dans une logique de bonne gouvernance, il est recommandé de formaliser des procédures écrites encadrant la tenue du journal de banque : séparation des tâches (saisie, validation, rapprochement), périodicité des contrôles, seuils d’alerte, circuit de validation des paiements, etc. Plus ces procédures sont claires et appliquées, plus le journal de banque gagne en fiabilité et en valeur probante, ce qui facilite grandement le travail d’audit et renforce la confiance des partenaires financiers dans la qualité de votre information comptable.