Dans la plupart des entreprises, les licences informatiques représentent aujourd’hui des montants comparables à ceux du parc matériel, voire supérieurs. Entre licences perpétuelles, abonnements SaaS, modules optionnels et maintenance, vous devez piloter un ensemble de contrats complexes, tout en respectant le Plan Comptable Général et la doctrine fiscale. Un mauvais choix de compte comptable ou une durée d’amortissement inadaptée peut fausser votre résultat, votre EBITDA et vos indicateurs d’investissement numérique. Face à la généralisation du cloud et des modèles par abonnement, la frontière entre immobilisation incorporelle et charge d’exploitation devient plus difficile à tracer, surtout pour les licences hybrides ou packagées avec du matériel.
La question n’est donc plus seulement « quel logiciel utiliser ? », mais aussi « comment comptabiliser une licence informatique pour refléter correctement la réalité économique et juridique du contrat ? ». Maîtriser le traitement comptable des licences vous permet de sécuriser vos comptes annuels, de préparer sereinement les contrôles fiscaux et d’améliorer vos arbitrages entre achat et location de solutions numériques.
Définition comptable d’une licence informatique : immobilisation incorporelle, logiciel et SaaS
Distinction licence perpétuelle, abonnement SaaS (microsoft 365, adobe creative cloud) et logiciel en mode ASP
Sur le plan comptable, tout commence par la qualification du contrat. Une licence perpétuelle donne un droit d’utilisation du logiciel sans limitation de durée, souvent installé « on-premise » sur vos serveurs. Juridiquement, vous disposez d’un droit incorporel durable, ce qui oriente naturellement vers une immobilisation en compte 205. À l’inverse, un abonnement SaaS (Microsoft 365, Adobe Creative Cloud, Google Workspace, etc.) ne vous transfère aucun droit durable sur le logiciel : vous payez pour un accès à un service hébergé chez l’éditeur, révocable si vous cessez de payer. Ce modèle s’apparente plus à une location de service qu’à un achat d’actif.
Entre ces deux extrêmes, le mode ASP (Application Service Provider) ressemble au SaaS, mais le logiciel peut être dédié à un client, parfois installé sur une infrastructure spécifique. Le traitement comptable dépend alors des clauses du contrat : durée ferme, possibilité de renouvellement, existence d’un droit de copie ou de transfert. Si vous vous demandez régulièrement « licence ou abonnement ? », c’est normal : la frontière se déplace au fur et à mesure que les éditeurs convertissent leurs modèles économiques vers des offres tout-en-un intégrant licence, maintenance et support.
Critères d’immobilisation d’une licence selon le plan comptable général (PCG art. 211-1 à 212-3)
Le PCG (articles 211-1 à 212-3) définit les conditions pour inscrire une licence informatique à l’actif en tant qu’immobilisation incorporelle. Trois critères sont déterminants : l’identifiabilité de l’actif, le contrôle par l’entreprise, et les avantages économiques futurs probables. Concrètement, une licence répond à ces critères si vous disposez d’un droit d’utilisation clairement défini, contrôlable (contrat, clé de licence, preuve de droit), que vous comptez utiliser sur plus d’un exercice, et qui génère des économies de coûts, des gains de productivité ou des revenus supplémentaires.
À partir du 1er janvier 2024, le règlement ANC 2023-05 regroupe logiciels et sites web sous la notion de « solution informatique ». Une licence autonome acquise par l’entreprise, non incluse dans un projet plus global, doit être immobilisée dès lors qu’elle est utilisée durablement. Il n’existe plus d’amortissement exceptionnel sur 12 mois pour les logiciels acquis : la durée d’amortissement doit correspondre à la durée réelle d’utilisation. Les dépenses de faible valeur peuvent toutefois être laissées en charges, en tenant compte de la tolérance fiscale de 500 € HT par unité.
Différence entre licence informatique, développement spécifique et maintenance logicielle
Une licence informatique donne accès à un logiciel existant. Le développement spécifique correspond, lui, à la création ou à l’adaptation d’un logiciel pour vos besoins propres (ERP personnalisé, module métier). Comptablement, ce développement relève soit du compte 205 (logiciel autonome), soit du compte 203 (frais de développement) lorsqu’il s’intègre à un projet plus global. Les dépenses de recherche amont restent en charges, tandis que les coûts de développement répondant aux critères du PCG peuvent être immobilisés.
La maintenance logicielle couvre quant à elle les mises à jour correctives, le support technique, parfois des évolutions mineures. Elle n’entraîne généralement pas la création d’un nouvel actif distinct. Ces frais se comptabilisent en charges de période, typiquement en 615 « Entretien et réparations » ou en 6281 pour certains contrats de support. Seules des évolutions majeures, augmentant significativement la capacité ou la performance du logiciel, peuvent justifier une activation complémentaire dans le compte 205.
La clé consiste à distinguer ce qui crée un nouvel actif informatique durable de ce qui ne fait qu’assurer le bon fonctionnement courant de l’outil existant.
Cas particuliers : licences open source, freeware, shareware et licences OEM incluses dans le matériel
Les licences open source et freeware ne donnent généralement pas lieu à paiement de redevance initiale. Dans ce cas, aucun actif n’est inscrit pour la licence elle-même, mais les coûts de mise en œuvre, d’intégration ou de développement autour de ces outils peuvent, sous conditions, être immobilisés. Pour les sharewares, la version gratuite relève des charges éventuelles de test, tandis que la version payante activée après période d’essai suit la logique d’une licence classique, immobilisée si elle est utilisée durablement.
Les licences OEM (systèmes d’exploitation ou suites bureautiques préinstallés sur un PC) posent une question spécifique : lorsqu’elles ne sont pas séparables du matériel, le tout est comptabilisé en 2183 « Matériel informatique » et amorti comme une immobilisation corporelle. Si la facture distingue clairement le prix de la licence et du matériel, une ventilation entre 205 (logiciel) et 2183 (matériel) devient pertinente, notamment pour aligner la durée d’amortissement sur la réalité technique de chaque composant.
Compte comptable pour les licences informatiques immobilisées : 205 et sous-comptes dédiés
Utilisation du compte 205 « concessions et droits similaires, brevets, licences » pour les logiciels
Le compte 205 regroupe l’ensemble des immobilisations incorporelles liées à des droits de propriété intellectuelle : concessions, brevets, marques, et bien sûr licences de logiciels. Depuis l’entrée en vigueur du règlement ANC 2023-05, les solutions informatiques autonomes sont traitées comme des immobilisations incorporelles dès lors qu’elles procurent des avantages économiques futurs sur plusieurs exercices. Une entreprise qui acquiert un ERP on-premise ou une licence de CAO (Autodesk, par exemple) et qui l’exploite durablement doit enregistrer cette licence en 205, même si elle n’en détient pas la propriété intellectuelle.
Le cas des licences d’exploitation ou d’utilisation est explicite : même si l’entreprise n’est pas propriétaire du logiciel, elle est considérée comme ayant acquis un droit incorporel. La licence est donc comptabilisée en 205, dès lors que le contrat confère un droit stable et non résiliable à court terme. Les factures de licences à versement unique se traduisent par une écriture d’immobilisation simple, alors que les paiements échelonnés sur la durée d’utilisation nécessitent une évaluation globale des redevances futures pour déterminer la valeur de l’actif.
Création de sous-comptes spécifiques : 205100 licence ERP (SAP, oracle), 205200 licence CRM (salesforce, HubSpot)
Dans la pratique, la création de sous-comptes dédiés améliore le pilotage du parc logiciel. Par exemple, un plan de comptes peut prévoir 205100 « Licence ERP (SAP, Oracle, Sage X3) », 205200 « Licence CRM (Salesforce, HubSpot on-premise) », ou encore 205300 « Licences métiers (CAO, BIM, logiciels médicaux) ». Cette granularité facilite le suivi des investissements par type de solution, la préparation des inventaires de licences et la réconciliation avec les outils de gestion des actifs IT.
Structurer les sous-comptes permet aussi de mieux analyser le poids des licences informatiques dans vos immobilisations incorporelles. Dans certains secteurs très digitalisés, ces montants peuvent représenter plus de 30 % de la valeur brute des immobilisations. Pour vous, directeur financier ou responsable comptable, disposer d’une cartographie fine des comptes 205xxx aide à dialoguer avec la DSI sur les renouvellements et les projets de migration vers le cloud.
Écriture comptable d’acquisition d’une licence immobilisée : exemples chiffrés et schémas de comptes
Lorsqu’une entreprise acquiert une licence de logiciel standard pour un montant de 1 000 € HT, avec une TVA à 20 %, l’écriture d’acquisition typique est la suivante :
| Compte | Intitulé | Débit | Crédit |
|---|---|---|---|
| 205 | Concessions, brevets, licences, logiciels | 1 000 € | |
| 44562 | TVA déductible sur immobilisations | 200 € | |
| 404 | Fournisseurs d’immobilisations | 1 200 € |
Si la licence fait l’objet de paiements échelonnés sur cinq ans, mais que le contrat prévoit dès l’origine un droit irrévocable sur cette durée, la valeur actualisée des redevances futures doit être estimée et inscrite en 205. Vous enregistrez alors un actif et une dette (type crédit-bail sans transfert de propriété) et comptabilisez les intérêts implicites dans les charges financières au fil du temps. Ce traitement reste délicat et suppose de documenter le calcul d’actualisation et les hypothèses retenues.
Reclassement des frais accessoires (installation, paramétrage, formation) entre 205, 2183 et 6226
Les frais directement attribuables à la mise en service de la licence peuvent être intégrés dans le coût d’acquisition de l’immobilisation. L’installation technique, le paramétrage initial indispensable au fonctionnement ou les frais de migration de données peuvent ainsi être rattachés au compte 205, lorsqu’ils sont facturés à l’acquisition du logiciel et qu’ils conditionnent son utilisation. À l’image des frais de montage pour une machine, ces coûts prolongent la valeur de l’actif.
En revanche, les formations des utilisateurs et l’accompagnement au changement relèvent davantage du compte 6226 « Honoraires » ou 618 selon le cas. Ces dépenses n’augmentent pas la valeur du logiciel, mais développent les compétences internes. De même, si l’installation suppose l’achat de serveurs ou de postes de travail spécifiques, ceux-ci s’enregistrent en 2183 « Matériel informatique » et suivent leur propre plan d’amortissement. Une ventilation rigoureuse permet d’éviter une surévaluation artificielle des immobilisations logicielles.
Traitement des licences packagées avec le matériel : ventilation entre 205 et 2183 matériel informatique
Les offres packagées « matériel + licence » se multiplient, notamment pour les postes de travail, les scanners ou certains équipements spécialisés. Lorsque la facture distingue les montants, la solution la plus fidèle consiste à ventiler entre 2183 pour le matériel et 205 pour la licence. Cela permet d’amortir séparément un PC sur, par exemple, trois ans, et une licence métier sur cinq ans si son cycle de vie est plus long.
Si la licence n’est pas séparément identifiable (cas fréquent pour un système d’exploitation OEM intégré au prix du PC), l’ensemble est enregistré en 2183. Dans ce cas, le logiciel est considéré comme indissociable du support matériel, et son coût est amorti avec l’équipement. Ce traitement peut sembler conservateur, mais il respecte la logique du PCG : lorsqu’un composant ne peut pas être distingué de l’élément principal, il ne constitue pas un actif séparé.
Comptes comptables de charges pour licences informatiques en mode abonnement
Enregistrement des licences SaaS récurrentes en 6135 « locations de matériels et logiciels » ou 615
Pour les licences informatiques en mode SaaS, sans transfert de droit durable, le traitement comptable repose sur la notion de service récurrent. L’abonnement mensuel ou annuel donne un droit d’accès au logiciel, généralement via un navigateur, tant que les factures sont payées. Dans ce cas, le compte le plus utilisé est 6135 « Locations de matériels et logiciels », qui reflète la nature locative du contrat.
Certains praticiens recourent au compte 615 pour les contrats qui mélangent droit d’usage, maintenance et support, surtout lorsque l’éditeur présente la facturation comme une redevance globale de service. L’essentiel est de rester cohérent d’un exercice à l’autre et de documenter la politique retenue. Comptabiliser un abonnement Microsoft 365 ou Google Workspace en charges vous permet de refléter immédiatement le coût dans le compte de résultat, sans créer d’immobilisation artificielle alors que vous ne contrôlez pas le logiciel.
Facturation mensuelle vs annuelle : régularisation en charges constatées d’avance (486) pour microsoft 365, google workspace
Les éditeurs proposent souvent des factures annuelles pour des abonnements SaaS consommés sur douze mois. Si vous recevez en janvier une facture pour Microsoft 365 couvrant la période du 01/02/N au 31/01/N+1, seule la fraction de l’abonnement consommée au cours de l’exercice doit impacter le résultat. La partie correspondant à N+1 est enregistrée en charges constatées d’avance (486) à la clôture.
La mécanique est simple : vous comptabilisez la facture au débit de 6135 et de 44566, puis, au 31/12, vous créditez 6135 pour la quote-part relative à N+1 et débitez 486. Ce retraitement garantit le respect du principe d’indépendance des exercices. Pour vous, c’est aussi un bon moyen de fiabiliser l’analyse des charges informatiques par période, en évitant les effets de saisonnalité liés aux facturations annuelles.
Traitement des frais de maintenance et support logiciel en compte 615 ou 6281
Les contrats de maintenance et de support logiciel complètent souvent les licences perpétuelles. Ils incluent l’accès au helpdesk, les correctifs, parfois des mises à jour mineures. En l’absence de création d’un nouvel actif, ces coûts sont comptabilisés en charges de fonctionnement, généralement en 615 « Entretien et réparations » ou, pour certains contrats de support, en 6281 « Divers » selon la nomenclature interne.
Dans les contrats mixtes combinant licence perpétuelle et maintenance annuelle, la part licence est immobilisée en 205, tandis que les redevances annuelles de maintenance restent en charges. Lorsque la facture ne distingue pas clairement les deux, le risque est de sur-immobiliser des frais de service. Une approche prudente consiste alors à immobiliser la partie correspondant au droit initial (première année) et à traiter les renouvellements comme de la maintenance en 615.
Cas des licences utilisateurs additionnels et modules optionnels : ventilation entre 205 et comptes de charges
Lorsque vous ajoutez des licences utilisateurs supplémentaires sur un logiciel existant, la question est de savoir si vous augmentez la capacité d’un actif déjà immobilisé ou si vous consommez un service à court terme. Si le contrat étend de façon durable le périmètre de la solution (ex : 50 licences ERP supplémentaires achetées de façon perpétuelle), ces coûts peuvent être ajoutés à la valeur brute de l’immobilisation en 205 et amortis sur la durée résiduelle.
Pour des modules optionnels facturés en SaaS, souvent sous forme de surcoûts mensuels par utilisateur, le traitement en charges reste la norme. Vous débitez alors 6135 ou 615 pour la redevance supplémentaire. L’important est de documenter, contrat par contrat, si le droit accordé crée un actif contrôlé au-delà de l’exercice. Cette analyse fine vous évite des divergences d’interprétation lors d’un audit ou d’un contrôle fiscal.
Durée d’amortissement des licences informatiques et impact sur le plan d’amortissement
Choix de la durée d’utilisation probable : 3 ans, 5 ans ou plus selon la typologie de logiciel (ERP, CRM, PAO)
La durée d’amortissement d’une licence informatique doit refléter sa durée d’utilisation probable dans l’entreprise, et non la seule durée contractuelle. Pour un logiciel de bureautique ou un outil de productivité standard, une durée de 3 ans est souvent retenue, compte tenu de l’obsolescence rapide et des évolutions régulières de versions. Pour un ERP ou un CRM stratégique, la durée d’usage réelle dépasse fréquemment 5 ans, parfois 7 à 10 ans dans des environnements stables.
Les logiciels de PAO, de CAO ou de montage vidéo peuvent se situer entre 3 et 5 ans selon la cadence de renouvellement technologique du secteur. Dans les faits, plus de 60 % des entreprises françaises déclarent utiliser leurs ERP plus de 7 ans avant une refonte majeure, tandis que les outils bureautiques changent de génération tous les 3 à 4 ans. Pour vous, l’enjeu est de ne pas sous-estimer ou surestimer cette durée, au risque de lisser de façon artificielle vos charges ou de concentrer trop fortement l’amortissement sur une courte période.
Paramétrage des plans d’amortissement dans sage, cegid, quadratus et autres ERP comptables
Les logiciels comptables comme Sage, Cegid, Quadratus ou les modules finance d’ERP (SAP, Oracle, Microsoft Dynamics) permettent de paramétrer finement les plans d’amortissement des comptes 205xxx. Vous pouvez définir, pour chaque catégorie de licence, un mode d’amortissement linéaire, la durée en années, la date de départ (souvent la date d’acquisition pour les logiciels selon le PCG), et des règles particulières pour les petites valeurs.
Paramétrer une famille d’immobilisations « Licences ERP – 7 ans » et une famille « Logiciels bureautiques – 3 ans » facilite la cohérence de traitement sur l’ensemble du parc. Certains outils proposent même des alertes en cas de durée atypique par rapport aux pratiques de l’entreprise. Un bon paramétrage, réalisé en lien avec la DSI, vous évite des corrections manuelles fastidieuses à chaque clôture.
Écritures d’amortissement : dotations (6811) et comptes d’amortissement (2805)
Chaque année, l’amortissement des licences immobilisées se traduit par une dotation en charges et la constatation d’un amortissement cumulé. L’écriture type est la suivante :
| Compte | Intitulé | Débit | Crédit |
|---|---|---|---|
| 68111 | Dotations aux amortissements des immobilisations incorporelles | Montant de l’annuité | |
| 2805 | Amortissements des logiciels | Montant de l’annuité |
La date de départ de l’amortissement des logiciels acquis correspond, en comptabilité française, à la date d’acquisition, indépendamment de la mise en service effective. En pratique, beaucoup d’entreprises choisissent néanmoins de caler le début d’amortissement sur la mise en production lorsque l’écart est significatif. Pour vous, l’important est de documenter ce choix et de l’appliquer de manière systématique à toutes les licences d’une même catégorie.
Révision de la durée d’amortissement en cas de changement technologique ou obsolescence rapide
Le monde numérique évolue vite : bascule vers des versions cloud, abandon de certaines gammes, incompatibilité avec de nouveaux systèmes d’exploitation. Lorsque la durée d’utilisation probable d’une licence devient plus courte que prévu, une révision prospective du plan d’amortissement est nécessaire. Cela signifie recalculer l’annuité d’amortissement à partir de la valeur nette comptable restante et de la nouvelle durée résiduelle estimée.
Inversement, si un logiciel reste en service bien au-delà de la durée initialement prévue, aucune reprise d’amortissement n’est comptabilisée, mais une analyse de la valeur d’usage peut être utile pour s’assurer de l’absence de dépréciation. Dans les deux cas, un dossier de révision du plan d’amortissement, validé par la direction financière, constitue une preuve précieuse pour les commissaires aux comptes et les contrôleurs fiscaux.
Traitement comptable des licences informatiques selon le régime fiscal français
Conditions de déductibilité immédiate en charges vs étalement par amortissement (BOFiP, doctrine fiscale)
Sur le plan fiscal, les règles de déduction des licences informatiques suivent globalement les principes comptables, avec quelques aménagements. Les licences qui ne remplissent pas les conditions d’immobilisation peuvent être déduites immédiatement en charges. La doctrine fiscale admet aussi, pour les logiciels de faible valeur (en pratique, souvent moins de 500 € HT), une déduction immédiate, même s’ils sont utilisés sur plusieurs exercices.
Les licences immobilisées en 205 sont déduites par le biais de l’amortissement. Durant plusieurs années, un amortissement exceptionnel sur 12 mois a été admis pour certains logiciels acquis, mais ce dispositif n’est plus applicable pour les acquisitions récentes. Le principe de droit commun s’applique : amortissement linéaire sur la durée d’usage. Dans certains cas, des amortissements dérogatoires peuvent subsister en comptabilité pour refléter un écart entre durée comptable et durée fiscale.
Impact des licences informatiques sur le résultat fiscal et la liasse (tableau 2055, 2059-G)
Les licences informatiques immobilisées apparaissent au tableau 2055 de la liasse fiscale, consacré aux immobilisations incorporelles, avec leur valeur brute, les amortissements cumulés et la valeur nette. Les dotations annuelles sont reprises dans le tableau 2059-G, qui détaille les réintégrations et déductions fiscales. Une différence entre amortissement comptable et amortissement fiscal (par exemple, une durée comptable plus prudente) donne lieu à un amortissement dérogatoire et à des ajustements dans ce tableau.
Pour vous, l’enjeu est double : optimiser la déductibilité des investissements numériques et éviter toute discordance injustifiée entre comptabilité et fiscalité. Dans un contexte où les dépenses IT peuvent représenter 3 à 6 % du chiffre d’affaires selon les secteurs, un pilotage fin de ces écarts contribue à stabiliser le résultat fiscal et à anticiper les impacts sur l’impôt sur les sociétés.
Crédit d’impôt recherche (CIR) et crédit d’impôt innovation (CII) pour projets logiciels et R&D
Les projets de développement logiciel interne peuvent, sous conditions, ouvrir droit au Crédit d’impôt recherche (CIR) ou au Crédit d’impôt innovation (CII). Les dépenses éligibles incluent les charges de personnel, les frais de sous-traitance, et parfois une partie des licences et outils nécessaires au développement et aux tests. Les immobilisations logicielles créées par ces projets sont comptabilisées en 205 ou 203, mais les dépenses retenues pour le CIR/CII suivent les règles spécifiques des articles du CGI correspondants.
La frontière entre simple paramétrage et véritable activité de R&D est scrutée de près par l’administration. Si vous engagez un projet de nouvelle plateforme logicielle, de moteur d’intelligence artificielle ou de solution innovante, documenter précisément les travaux réalisés, les verrous technologiques et l’usage des licences outillant le projet devient essentiel. Au-delà de l’avantage fiscal, cette documentation améliore aussi la compréhension de la valeur immatérielle créée par l’entreprise.
Procédures internes et contrôles pour la gestion des comptes comptables de licences informatiques
Inventaire des licences et rapprochement avec les comptes 205, 2183, 6135 dans un logiciel ITAM (snow, flexera)
Une gestion fiable des licences informatiques commence par un inventaire exhaustif. Les outils d’IT Asset Management (ITAM) comme Snow, Flexera ou d’autres solutions spécialisées permettent de recenser les logiciels installés, les licences actives, les contrats et les niveaux d’utilisation. Le rapprochement annuel entre cet inventaire et les comptes 205, 2183 et 6135 constitue un contrôle clé pour détecter les écarts : licences non comptabilisées, abonnements résiliés mais toujours facturés, immobilisations qui ne sont plus utilisées.
Pour vous, ce rapprochement agit comme un inventaire physique pour les immobilisations corporelles. Il contribue aussi à réduire les risques de non-conformité vis-à-vis des éditeurs (surdéploiement, sous-licensing) et à optimiser les coûts. Plusieurs études récentes estiment que 20 à 30 % des dépenses logicielles des entreprises pourraient être économisées par une meilleure gouvernance des licences, ce qui donne la mesure de l’enjeu.
Mise en place d’une politique de comptabilisation des licences : seuils de capitalisation et matrice de décision
Face à la diversité des modèles de licences, une politique formalisée de comptabilisation des logiciels s’impose. Elle précise notamment : le seuil de capitalisation (par exemple 500 €, 1 000 € ou 2 000 € HT par licence), les critères d’immobilisation (durée d’utilisation, nature du droit, caractère autonome de la solution), le choix des comptes de charges pour les SaaS (6135, 615…), et les règles de durée d’amortissement par catégorie de logiciel.
Une matrice de décision simple peut grandement faciliter le travail des comptables et des contrôleurs de gestion. Par exemple : « Licence perpétuelle > 1 000 € HT et durée d’usage > 1 an = immobilisation en 205 », « Abonnement mensuel résiliable à tout moment = charge en 6135 », etc. En partageant cette matrice avec la DSI et les acheteurs, vous assurez que chaque nouveau contrat logiciel est correctement codifié dès la saisie de la facture.
Contrôles internes et audit (interne, CAC) sur la valorisation et la conformité des licences informatiques
Les licences informatiques font partie des postes fréquemment revus par les auditeurs internes et externes. Les commissaires aux comptes examinent la cohérence des montants immobilisés, la pertinence des durées d’amortissement, la correcte distinction entre immobilisations et charges, ainsi que la documentation des principaux contrats. Un manque de justification peut conduire à des retraitements significatifs ou à des recommandations de renforcement du contrôle interne.
Mettre en place des contrôles périodiques, tels que la revue trimestrielle des nouvelles licences, la validation des durées d’amortissement supérieures à 5 ans par un comité interne, ou la reconciliation annuelle avec l’outil ITAM, renforce la robustesse du dispositif. Pour vous, c’est aussi l’occasion de détecter les logiciels délaissés, les doublons fonctionnels et les contrats coûteux peu utilisés. En traitant la gestion des licences informatiques comme un véritable cycle d’investissement, avec des processus et des contrôles dédiés, vous alignez enfin la comptabilité, la fiscalité et la stratégie numérique de l’entreprise.
