Stock de marchandises : écriture comptable

La gestion comptable des stocks de marchandises constitue un pilier fondamental de la comptabilité commerciale. Dans un contexte où les entreprises de négoce doivent constamment optimiser leur rentabilité, la maîtrise des écritures liées aux stocks devient un impératif stratégique. Le traitement comptable des marchandises influence directement le résultat net et le patrimoine de l’entreprise à travers le bilan. Les normes du Plan Comptable Général imposent une rigueur particulière dans l’enregistrement de ces mouvements, car une erreur dans la valorisation ou la comptabilisation peut fausser l’analyse financière et compromettre la prise de décision. Avec l’évolution récente du PCG 2025, certaines subdivisions de comptes ont été simplifiées, rendant la compréhension de ces mécanismes encore plus essentielle pour les professionnels de la comptabilité.

Comptabilisation initiale du stock de marchandises au bilan d’ouverture

La comptabilisation initiale du stock de marchandises représente la première étape cruciale lors de la création d’une entreprise commerciale ou au début de chaque exercice comptable. Cette opération nécessite une compréhension approfondie des principes comptables fondamentaux et des règles édictées par le Plan Comptable Général. L’exactitude de cette comptabilisation conditionne la fiabilité de l’ensemble des états financiers ultérieurs.

Au démarrage de l’activité, le stock initial doit être évalué avec précision et enregistré selon les normes en vigueur. Cette évaluation forme la base de référence pour tous les calculs de variation de stock qui interviendront tout au long de l’exercice. Les entreprises doivent prêter une attention particulière à cette phase d’initialisation, car elle impacte directement la détermination du coût des marchandises vendues Utilisation du compte 37 « Stocks de marchandises » selon le PCG

Le Plan Comptable Général attribue spécifiquement la classe 3 aux comptes de stocks et en-cours, et plus particulièrement le compte 37 pour les stocks de marchandises. Cette nomenclature permet de distinguer clairement les marchandises des autres types de stocks comme les matières premières (compte 31) ou les produits finis (compte 35). Les marchandises se définissent comme des biens acquis par l’entreprise dans le but d’être revendus en l’état, sans transformation notable.

Dans le référentiel du PCG 2025, la structure du compte 37 a été simplifiée. Les subdivisions 371 et 372, qui permettaient auparavant de catégoriser différents groupes de marchandises, ont été supprimées. Cette évolution offre aux entreprises une plus grande flexibilité pour créer leurs propres subdivisions selon leurs besoins spécifiques. Ainsi, une entreprise peut désormais organiser sa nomenclature interne en fonction de critères pertinents pour sa gestion : famille de produits, zone géographique d’approvisionnement, ou encore niveau de rotation des stocks.

L’utilisation correcte du compte 37 implique que chaque entrée en stock soit enregistrée au débit de ce compte, augmentant ainsi l’actif circulant au bilan. À l’inverse, chaque sortie de stock sera créditée, diminuant la valeur des stocks détenus. Cette mécanique comptable reflète fidèlement les mouvements physiques des marchandises dans l’entreprise et garantit une traçabilité complète des flux.

Évaluation au coût d’acquisition : prix d’achat, frais accessoires et remises

L’évaluation des marchandises au coût d’acquisition constitue un principe comptable fondamental énoncé par l’article 321-1 du PCG. Le coût d’acquisition ne se limite pas au simple prix facturé

au fournisseur. Il comprend également l’ensemble des frais accessoires directement attribuables à la mise en état et à l’emplacement des marchandises : frais de transport, droits de douane, assurances liées au transport ou encore frais de manutention initiaux. À l’inverse, les remises, rabais et ristournes obtenus à l’achat viennent en diminution de ce coût d’acquisition. L’objectif est de refléter le plus fidèlement possible le coût réel supporté par l’entreprise pour détenir les marchandises prêtes à être revendues.

Concrètement, lorsqu’une entreprise comptabilise son stock initial de marchandises au bilan d’ouverture, elle doit s’assurer que la valeur retenue correspond bien au coût d’acquisition net de ces réductions commerciales. Cette rigueur est indispensable pour éviter une surévaluation du stock de marchandises, qui gonflerait artificiellement l’actif et le résultat de l’exercice. À l’inverse, une sous-évaluation conduirait à minorer la marge commerciale et pourrait fausser l’analyse de la performance. C’est pourquoi les experts-comptables recommandent de documenter précisément les méthodes de valorisation utilisées (CUMP, FIFO, etc.) et de les appliquer de manière constante d’un exercice à l’autre.

Traitement des escomptes de règlement et rabais commerciaux

Il convient de distinguer, du point de vue comptable, les remises commerciales immédiates des escomptes de règlement conditionnels. Les rabais, remises et ristournes figurant directement sur la facture d’achat réduisent le coût d’acquisition des marchandises et, par conséquent, la valeur du stock de marchandises en comptabilité. Ils sont généralement imputés en diminution du compte 607 « Achats de marchandises » ou, dans certains systèmes comptables, enregistrés via le compte 6097 « Rabais, remises et ristournes obtenus sur achats de marchandises ».

Les escomptes de règlement, quant à eux, sont accordés sous condition de paiement anticipé. Ils ne sont pas intégrés dans le coût d’acquisition des marchandises, car ils dépendent d’un comportement financier (délai de règlement) et non de l’opération d’achat elle-même. En pratique, l’escompte obtenu à l’occasion d’un paiement anticipé est enregistré en produit financier, au crédit du compte 765 « Escomptes obtenus ». Ainsi, le stock de marchandises au bilan d’ouverture reste évalué indépendamment de ces conditions de règlement, ce qui permet de dissocier clairement la performance commerciale de la performance financière.

Cette distinction est loin d’être théorique : elle conditionne la bonne lecture du compte de résultat. En intégrant les remises commerciales dans le coût d’achat des marchandises, on mesure correctement le coût de revient. En isolant les escomptes dans une rubrique financière, on évalue plus finement la gestion de trésorerie. Vous souhaitez analyser votre marge commerciale sans confusion ? Le respect de cette séparation vous évitera bien des déconvenues lors du contrôle de gestion ou d’un contrôle fiscal.

Inventaire permanent versus inventaire intermittent : impact sur l’écriture d’ouverture

Le mode d’organisation de l’inventaire des stocks de marchandises influence directement la façon dont on passe les écritures au bilan d’ouverture. Avec la méthode de l’inventaire intermittent, les comptes de classe 3 (dont le compte 37 « Stocks de marchandises ») ne sont pas mouvementés au fil de l’année. Ils sont mis à jour une fois par an, à l’inventaire. À l’ouverture de l’exercice, on extourne le stock de marchandises enregistré à la clôture précédente, en créditant le compte 37 et en débitant le compte 6037 « Variation des stocks de marchandises ».

À l’inverse, dans un système d’inventaire permanent, chaque entrée et sortie de marchandises est suivie en temps réel. Les mouvements de stock de marchandises sont immédiatement enregistrés dans le compte 37, souvent avec l’appui d’un logiciel de gestion de stock intégré à la comptabilité. Dans ce cas, le bilan d’ouverture reprend directement le solde du compte 37 tel qu’il figure à la clôture de l’exercice précédent, sans extourne générale. Seules d’éventuelles corrections issues de l’inventaire physique viennent ajuster ce solde.

En pratique, de nombreuses TPE/PME fonctionnent encore en inventaire intermittent, pour des raisons de simplicité. Mais avec la généralisation des solutions de gestion intégrée, l’inventaire permanent progresse, notamment dans les secteurs où la rotation du stock est rapide (e-commerce, distribution spécialisée…). Avant de choisir votre méthode, demandez-vous : préférez-vous une vision précise et continue de votre stock de marchandises, ou un suivi simplifié avec un gros travail de régularisation en fin d’exercice ? Le choix impactera autant vos écritures d’ouverture que votre organisation quotidienne.

Écritures comptables d’achat et d’entrée en stock des marchandises

Après avoir posé le cadre du stock initial de marchandises au bilan d’ouverture, il est nécessaire de détailler le traitement comptable des achats réalisés au cours de l’exercice. Les écritures d’achat et d’entrée en stock structurent le calcul du coût d’achat des marchandises vendues, un indicateur clé pour piloter la marge commerciale. Le Plan Comptable Général repose ici sur un schéma clair : les achats de marchandises sont d’abord enregistrés en charges, puis régularisés en fin d’exercice via les comptes de stocks et de variation de stocks.

Comptabilisation avec le compte 607 « achats de marchandises »

Les acquisitions de marchandises destinées à être revendues en l’état sont enregistrées en charges dans le compte 607 « Achats de marchandises ». Cette écriture reflète l’idée que les marchandises sont, par nature, consommées lors de leur première utilisation : dès leur vente, elles disparaissent du patrimoine de l’entreprise. L’enregistrement dans un compte de charges est donc cohérent avec le principe d’indépendance des exercices et la logique du compte de résultat.

Schématiquement, la facture d’achat de marchandises est comptabilisée de la façon suivante : débit du compte 607 pour le montant hors taxes, débit du compte 44566 ou 44561 pour la TVA déductible selon la nature des biens, et crédit du compte 401 « Fournisseurs » pour le montant TTC. Lorsque la facture est réglée, on débite le compte 401 et on crédite le compte 512 « Banque ». Le stock de marchandises n’intervient pas à ce stade dans les comptes, sauf dans le cadre spécifique de l’inventaire permanent où une écriture complémentaire d’entrée en stock peut être passée automatiquement.

Ce choix de comptabiliser les achats de marchandises en charges puis de corriger en fin d’année via les écritures de stock peut surprendre au premier abord. Mais il permet de calculer aisément le coût d’achat des marchandises vendues : Stock initial + Achats – Stock final. C’est ce coût qui sera mis en regard du chiffre d’affaires pour analyser la rentabilité de l’activité de négoce.

Traitement de la TVA déductible sur achats : compte 44566

La TVA déductible sur les achats de marchandises ne fait pas partie du coût d’acquisition du stock de marchandises, dès lors que l’entreprise est assujettie et récupère cette TVA. En comptabilité française, elle est isolée dans les comptes de la classe 44, et plus particulièrement dans le compte 44566 « TVA déductible sur autres biens et services » (ou 44562 dans certains plans comptables sectoriels). Cette séparation permet de suivre précisément la TVA à récupérer et de sécuriser les déclarations fiscales périodiques.

Lors de l’enregistrement d’une facture d’achat, on débite donc le compte 607 pour le montant hors taxes et le compte 44566 pour la TVA déductible, tandis que le compte 401 « Fournisseurs » est crédité pour le montant TTC. Le stock de marchandises sera valorisé hors taxes, conformément au principe comptable qui prévoit une évaluation à un montant net de taxes récupérables. En cas d’achats non soumis à récupération de TVA (régime de franchise en base, par exemple), le coût d’acquisition des marchandises inclura alors le montant TTC, ce qui impactera mécaniquement la marge commerciale.

Dans un contexte de contrôle fiscal renforcé, le traitement rigoureux de la TVA sur les achats de marchandises est essentiel. Une erreur de ventilation entre 607 et 44566 peut entraîner des écarts significatifs sur la TVA déductible et générer des rappels d’impôts. Là encore, l’utilisation d’un logiciel de gestion comptable à jour des dernières règles fiscales facilite la sécurisation de ces écritures.

Enregistrement des frais de transport et d’approvisionnement : compte 6081

Les frais de transport, d’assurance ou d’approvisionnement directement rattachables à l’achat des marchandises peuvent, selon la politique comptable de l’entreprise, être intégrés au coût d’acquisition. Le PCG permet deux approches : soit ces frais sont enregistrés en complément du compte 607, soit ils sont ventilés sur un compte spécifique de type 6081 « Frais accessoires sur achats de marchandises ». Dans les deux cas, ils participeront à la détermination du coût des marchandises vendues.

En pratique, beaucoup d’entreprises choisissent d’utiliser le compte 6081 pour mieux analyser la structure de leurs coûts logistiques. L’écriture type d’une facture de transport liée à un achat de marchandises sera alors la suivante : débit du compte 6081 pour le montant hors taxes, débit du compte 44566 pour la TVA déductible, crédit du compte 401 « Fournisseurs ». En fin d’exercice, la partie de ces frais relatifs aux marchandises encore en stock sera indirectement prise en compte via le calcul de la variation de stock.

Comment savoir si vos frais de transport sont correctement intégrés dans votre coût de revient ? Une bonne pratique consiste à rapprocher régulièrement la marge brute théorique (fondée sur les prix de vente et d’achat) de la marge constatée en comptabilité. Des écarts récurrents peuvent révéler une mauvaise affectation des frais accessoires, notamment dans les secteurs où la logistique pèse lourdement sur les coûts (e-commerce, distribution alimentaire, etc.).

Gestion des avoirs et retours sur achats : compte 6097

Les avoirs reçus sur achats de marchandises et les retours de marchandises au fournisseur doivent être traités avec la même rigueur que les factures d’achat initiales. Le compte 6097 « Rabais, remises et ristournes obtenus sur achats de marchandises » est utilisé pour enregistrer les réductions commerciales ultérieures accordées par les fournisseurs, qu’elles portent sur le prix ou qu’elles soient liées à des opérations de réclamation (marchandises défectueuses, erreurs de livraison, etc.).

Lorsqu’un avoir est émis par le fournisseur, on crédite généralement le compte 607 pour annuler tout ou partie de l’achat initial, et on débite le compte 401 « Fournisseurs ». Si l’avoir correspond à des remises globales de fin d’année, le compte 6097 peut être utilisé pour isoler ces ristournes. Dans tous les cas, ces opérations viennent diminuer le coût d’achat des marchandises et, indirectement, le coût du stock de marchandises au bilan.

Il est important de bien relier chaque avoir aux lots de marchandises concernés, surtout lorsque l’entreprise applique des méthodes de valorisation de type FIFO ou CUMP. Une mauvaise imputation peut entraîner des incohérences entre les quantités physiques et les valeurs comptables. Là encore, un suivi rapproché des retours et réclamations, idéalement intégré à votre logiciel de gestion commerciale, limite le risque d’écart d’inventaire en fin d’exercice.

Écriture de régularisation pour passage en stock 37

Dans la méthode de l’inventaire intermittent, les achats de marchandises sont suivis tout au long de l’année dans le compte 607, tandis que le stock de marchandises (compte 37) n’est actualisé qu’à l’inventaire. L’écriture de régularisation en fin d’exercice permet de constater le stock final de marchandises et d’ajuster les charges de l’exercice via le compte 6037 « Variation des stocks de marchandises ». Cette écriture est généralement passée dans un journal d’opérations diverses ou un journal spécifique d’inventaire.

Concrètement, à la date de clôture, on enregistre : débit du compte 37 « Stocks de marchandises » pour la valeur du stock final, crédit du compte 6037 « Variation des stocks de marchandises » pour le même montant. À l’ouverture de l’exercice suivant, l’écriture est extournée : débit du compte 6037, crédit du compte 37, afin de faire apparaître le stock initial de marchandises. Ce mécanisme permet de ne laisser dans les charges de l’exercice que le coût des marchandises effectivement consommées (vendues).

On peut comparer cette écriture de régularisation à une « photographie comptable » de votre entrepôt. Sans cette photo, vos comptes enregistreraient l’ensemble des achats comme des charges, y compris ceux qui dorment encore sur vos étagères. Avec elle, vous neutralisez la part non consommée et la transférez à l’actif du bilan, pour la faire supporter par l’exercice où elle sera réellement vendue.

Variation de stock et ajustements comptables en fin d’exercice

La fin d’exercice constitue un moment clé pour la gestion comptable du stock de marchandises. Au-delà du simple comptage physique, l’entreprise doit calculer la variation de stock, passer les écritures de régularisation et, le cas échéant, constater des dépréciations. Ces ajustements garantissent que le compte de résultat reflète correctement les marchandises réellement consommées et que le bilan présente une image fidèle de la valeur des stocks détenus à la date de clôture.

Calcul de la variation de stock : stock final moins stock initial

La variation de stock de marchandises se calcule selon une formule simple : Variation de stock = Stock final – Stock initial. Si le stock final est supérieur au stock initial, la variation est positive : cela signifie que l’entreprise détient plus de marchandises qu’au début de l’exercice. À l’inverse, si le stock final est inférieur au stock initial, la variation est négative, traduisant une diminution du niveau de stock de marchandises.

Sur le plan comptable, cette variation de stock de marchandises impacte directement le résultat. Une variation positive (augmentation du stock) se traduit par un crédit du compte 6037, ce qui diminue les charges nettes et augmente le résultat. Une variation négative (diminution du stock) conduit à un débit du compte 6037, augmentant les charges et réduisant le résultat. Autrement dit, lorsque vos rayonnages se remplissent, votre compte de résultat s’allège ; lorsqu’ils se vident, vos charges augmentent.

Ce mécanisme peut paraître contre-intuitif au premier abord, car il s’agit d’un compte de charge à solde créditeur dans certains cas, ce qui est rare en comptabilité. Pourtant, il est parfaitement logique si l’on se souvient que la variation de stock sert à corriger les achats de marchandises pour ne conserver que les quantités effectivement vendues pendant l’exercice.

Comptabilisation du compte 6037 « variation des stocks de marchandises »

Le compte 6037 joue un rôle central dans l’ajustement des charges liées aux achats de marchandises. Il permet de rattacher à l’exercice uniquement le coût des marchandises vendues, en neutralisant la part non consommée qui reste en stock. Dans la pratique, deux écritures principales sont passées à la clôture : l’annulation du stock initial et la constatation du stock final.

En méthode classique d’inventaire intermittent, on enregistre d’abord l’annulation du stock initial de marchandises : débit du compte 6037, crédit du compte 37 pour le montant du stock initial. Puis on constate le stock final : débit du compte 37, crédit du compte 6037 pour le montant du stock final. Le solde du compte 6037 représente alors la variation de stock de marchandises de l’exercice, qui vient s’ajouter ou se retrancher aux achats de marchandises (compte 607) dans le calcul du coût d’achat des marchandises vendues.

Par exemple, si l’entreprise présente un stock initial de 20 000 € et un stock final de 10 000 €, le compte 6037 aura un solde débiteur de 10 000 € (20 000 – 10 000). Cette variation négative traduit un déstockage net et accroît le coût des marchandises vendues. Inversement, si le stock final est de 30 000 €, le solde du compte 6037 sera créditeur de 10 000 €, diminuant les charges et augmentant le résultat. Cette présentation permet aux dirigeants et aux analystes de comprendre rapidement l’effet du stock de marchandises sur la performance de l’année.

Inventaire physique et écarts d’inventaire : démarque inconnue

L’inventaire physique des stocks de marchandises, obligatoire au moins une fois par an pour les commerçants, consiste à compter réellement les quantités détenues et à les valoriser. Il est rare que les quantités comptables correspondent parfaitement aux quantités physiques. Les écarts constatés peuvent provenir de vols, de casse, d’erreurs de préparation de commandes, de pertes en magasin ou encore d’erreurs d’enregistrement. On parle alors de démarque inconnue lorsqu’aucune cause précise n’est identifiée.

Sur le plan comptable, ces écarts d’inventaire doivent être régularisés. Lorsque le stock physique de marchandises est inférieur au stock théorique, il faut constater une charge de démarque, souvent dans un compte de type 607 ou 6078, et ajuster à la baisse le compte 37 « Stocks de marchandises ». Si, plus rarement, le stock physique est supérieur au stock comptable, l’écart est comptabilisé en produit, traduisant une correction d’erreurs favorables. Dans tous les cas, le but est de faire coïncider le stock de marchandises du bilan avec la réalité observée sur le terrain.

La démarque inconnue représente parfois plusieurs points de chiffre d’affaires dans les secteurs de la distribution, en particulier le textile ou la grande distribution alimentaire. C’est un indicateur suivi de près par les directions opérationnelles. Une augmentation anormale de cette démarque peut révéler des problèmes de sécurisation des stocks, de procédures logistiques ou de paramétrage informatique. L’inventaire physique n’est donc pas seulement une contrainte légale : il est un outil de pilotage et de prévention des pertes.

Dépréciation des stocks obsolètes : compte 39 « provisions pour dépréciation »

Au-delà des ajustements de quantité, l’entreprise doit apprécier à chaque clôture si la valeur nette réalisable de ses stocks de marchandises n’est pas inférieure à leur coût d’acquisition. Obsolescence technologique, péremption, évolution défavorable des prix de vente ou détérioration des produits peuvent justifier une dépréciation. Selon le principe de prudence, les stocks doivent être évalués au plus faible du coût ou de la valeur nette réalisable.

Lorsque la valeur nette réalisable d’un lot de marchandises est inférieure à son coût, on comptabilise une provision pour dépréciation. L’écriture est la suivante : débit du compte 68173 « Dotations aux dépréciations des stocks et en-cours », crédit du compte 39 « Provisions pour dépréciation des stocks et en-cours ». Cette dépréciation vient réduire le résultat de l’exercice, tout en maintenant dans le compte 37 la valeur historique d’acquisition des marchandises. Le compte 39 joue alors le rôle de correctif, permettant de présenter au bilan une valeur nette de stock de marchandises plus proche de la réalité économique.

Si, lors d’un exercice ultérieur, la valeur nette réalisable remonte (amélioration du marché, revalorisation de certains produits, remise en vente d’articles précédemment bradés), une reprise de provision est comptabilisée : débit du compte 39, crédit du compte 78173 « Reprises sur provisions pour dépréciations des stocks et en-cours ». Cette reprise augmente le résultat. Là encore, une documentation précise des calculs de dépréciation et des hypothèses retenues est vivement recommandée pour sécuriser la position de l’entreprise en cas de contrôle fiscal ou d’audit.

Méthodes d’évaluation FIFO, LIFO et CUMP pour la sortie de stock

La question de la méthode d’évaluation des sorties de stock de marchandises est centrale pour les entreprises qui gèrent de nombreux lots achetés à des prix différents au cours de l’année. En effet, selon que l’on considère que les premières marchandises entrées sont les premières sorties, ou que l’on utilise un coût moyen, l’incidence sur le coût des marchandises vendues et sur le résultat peut être significative. Le Plan Comptable Général autorise principalement deux méthodes : le coût unitaire moyen pondéré (CUMP) et la méthode Premier entré, premier sorti (PEPS ou FIFO). La méthode LIFO (Dernier entré, premier sorti) est, quant à elle, interdite en France.

La méthode FIFO (PEPS) repose sur l’idée que les premières marchandises achetées sont les premières revendues. Elle est souvent cohérente avec la réalité physique, notamment pour les produits périssables ou les secteurs où l’on écoule les stocks selon un ordre chronologique naturel. Dans ce cas, le coût des marchandises vendues est calculé en utilisant en priorité les coûts des lots les plus anciens, tandis que le stock final de marchandises est valorisé aux coûts les plus récents. Dans un contexte d’inflation, cette méthode tend à augmenter la valeur du stock au bilan et à réduire le coût des ventes par rapport à d’autres méthodes.

La méthode CUMP, quant à elle, consiste à calculer un coût moyen pondéré après chaque entrée ou à la fin de la période, en divisant la valeur totale des marchandises disponibles par la quantité totale. Chaque sortie de stock de marchandises est alors valorisée à ce coût unitaire moyen. Cette technique lisse les fluctuations de prix et simplifie souvent le traitement comptable, surtout lorsqu’elle est automatisée par un logiciel de gestion. Elle est particulièrement adaptée lorsque les lots de marchandises sont homogènes et indifférenciés.

La méthode LIFO, qui supposerait que les dernières marchandises achetées sont les premières revendues, est expressément prohibée par le PCG et par les normes internationales (IAS 2). Elle n’est donc pas applicable en France. Les entreprises doivent choisir entre FIFO et CUMP et s’y tenir de manière constante, sauf changement exceptionnel dûment justifié dans l’annexe. Changer de méthode d’une année sur l’autre pour « lisser » artificiellement les résultats serait contraire au principe de permanence des méthodes et pourrait attirer l’attention de l’administration fiscale.

Dans un environnement où les prix d’achat des marchandises sont volatils (matières premières, produits importés, etc.), le choix de la méthode d’évaluation des stocks doit être mûrement réfléchi. Il influence non seulement le stock de marchandises au bilan, mais aussi la marge brute, les ratios financiers et même certains covenants bancaires. Avant d’arrêter votre politique, il peut être utile de simuler l’impact de chaque méthode sur plusieurs exercices et d’en discuter avec votre expert-comptable.

Traitement des stocks en consignation et dépôt-vente

Les opérations de consignation et de dépôt-vente posent des questions spécifiques en matière de stock de marchandises. Dans ces situations, les biens peuvent être physiquement présents dans les locaux d’une entreprise sans lui appartenir juridiquement, ou inversement. La règle de base en comptabilité française est claire : le stock de marchandises doit refléter les biens dont l’entreprise supporte les risques et avantages significatifs liés à la propriété, même si elle n’en détient pas la possession matérielle.

Lorsque l’entreprise détient en magasin des marchandises en consignation appartenant à un fournisseur, ces biens ne doivent pas être enregistrés dans le compte 37 « Stocks de marchandises », puisqu’ils ne font pas partie de son patrimoine. Ils font toutefois l’objet d’un suivi extra-comptable ou dans des comptes de hors-bilan, afin de garantir une bonne traçabilité. À l’inverse, si l’entreprise confie ses propres marchandises à un dépositaire ou à un réseau de points de vente en dépôt-vente, ces biens restent des stocks de marchandises à son bilan, tant qu’ils n’ont pas été vendus au client final.

Au moment où le dépositaire vend la marchandise au client final, le transfert de propriété s’opère et l’entreprise propriétaire des biens enregistre alors une vente et une sortie de stock. La comptabilisation dépend du contrat : soit l’entreprise facture périodiquement le dépositaire pour les marchandises vendues, soit celui-ci reverse périodiquement les sommes encaissées, déduction faite de sa commission. Dans tous les cas, le stock de marchandises doit être ajusté pour tenir compte des biens effectivement sortis du circuit de distribution.

Le traitement comptable des stocks en consignation ou dépôt-vente nécessite une coordination étroite entre les systèmes d’information des différentes parties. Des écarts peuvent facilement apparaître entre les stocks physiques chez le dépositaire et les stocks comptables chez le propriétaire. Pour limiter ces risques, il est recommandé de mettre en place des inventaires croisés réguliers, des confirmations de stock et des procédures de rapprochement systématique. Un suivi approximatif des consignations peut entraîner une surévaluation ou une sous-évaluation significative du stock de marchandises au bilan.

Conformité aux normes IAS 2 et obligations de contrôle fiscal

Si la majorité des PME françaises appliquent exclusivement le Plan Comptable Général, les groupes concernés par les normes internationales IFRS doivent également se conformer à la norme IAS 2 « Stocks ». Cette norme encadre la valorisation des stocks de marchandises et impose les mêmes principes fondamentaux : évaluation au plus faible du coût ou de la valeur nette réalisable, interdiction du LIFO, prise en compte des coûts directement attribuables et exclusion de certains coûts (frais administratifs généraux, coûts de stockage anormaux, etc.). Pour les sociétés publiant des comptes consolidés en IFRS, il est donc crucial d’assurer la cohérence entre les pratiques françaises et internationales.

IAS 2 insiste également sur la transparence des méthodes d’évaluation des stocks. Les entreprises doivent indiquer dans l’annexe aux comptes les méthodes employées (FIFO, CUMP…), le montant des provisions pour dépréciation, ainsi que les éventuels changements de méthodes et leurs impacts. Cette exigence va dans le même sens que le PCG, qui impose déjà une information détaillée sur les méthodes de valorisation et les variations significatives de stock de marchandises. Pour les investisseurs et les analystes, ces informations sont essentielles pour comparer la performance de plusieurs entreprises d’un même secteur.

Parallèlement, l’administration fiscale française est particulièrement attentive à la valorisation et à la comptabilisation des stocks de marchandises, car ils influencent directement le résultat imposable. Une surévaluation injustifiée permettrait de minorer artificiellement les charges (via une variation de stock positive excessive), tandis qu’une sous-évaluation conduirait à réduire indûment le résultat. C’est pourquoi les inspecteurs des impôts s’appuient notamment sur la doctrine publiée (par exemple au BOFiP) pour vérifier la conformité des méthodes de valorisation des stocks et des provisions pour dépréciation.

En pratique, une bonne gouvernance des stocks de marchandises repose sur trois piliers : des procédures d’inventaire rigoureuses et documentées, des méthodes de valorisation stables et justifiées, et une traçabilité des écritures de variation de stock et de dépréciation. En vous assurant que ces trois dimensions sont maîtrisées, vous réduisez significativement le risque de redressement en cas de contrôle fiscal et vous renforcez la fiabilité de vos états financiers. Le stock de marchandises n’est pas qu’une ligne d’actif : c’est un révélateur de la qualité de votre organisation comptable et de votre pilotage économique.

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